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&lt;p&gt;Pour s’affirmer dans le monde, l’Europe doit d’abord être fière de ce qu’elle est devenue depuis 1945 : une puissance démocratique, sociale et transnationale. Après avoir longtemps été des puissances coloniales rivales et féroces, après avoir connu l’abîme, les pays européens se sont unis et ont développé au sein de cette union un modèle social et démocratique nouveau. L’Europe est ainsi devenue une puissance sociale-démocrate.  Dire cela, ce n’est pas enfermer l’Europe dans un camp politique. C’est simplement constater qu’il existe un très large consensus sur le continent autour du modèle social européen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les termes peuvent varier : les conservateurs allemands parlent d’ « économie sociale de marché », certains préfèrent la notion d’ « État social », d’autres de « social-démocratie écologique » ou d’ « éco-socialisme ». &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces débats sont légitimes, mais le fait est qu’aucune force politique significative en Europe ne propose de ramener le poids de l’Etat à son niveau de 1914 (moins de 10% du PIB dans tous les pays, principalement des dépenses régaliennes et militaires). Les pays nordiques les plus prospères (Danemark, Suède, Norvège) ont des dépenses publiques avoisinant les 45-50% du PIB, proches à l’échelle historique des niveaux observés en Allemagne et en France, et personne ne reviendra sur cette réalité. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le débat de l’avenir consiste à savoir s’il faut s’arrêter là (c’est le scénario de la social-démocratie conservatrice, largement partagé à droite et parfois jusqu’au centre-gauche) ou s’il faut poursuivre le mouvement face aux nouveaux défis (c’est la thèse de la social-démocratie écologique et de l’éco-socialisme, plus ambitieuse mais aussi plus complexe à mettre en œuvre). Dans tous les cas, l’Europe est une puissance sociale-démocrate et le restera.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l’on avait dit aux élites européennes et aux économistes libéraux de 1914 que la socialisation des richesses allait un jour atteindre la moitié du revenu national, ils auraient dénoncé en cœur la folie collectiviste et prédit la ruine du continent. En réalité, les pays européens ont atteint un niveau de prospérité et de bien-être social inconnu dans l’histoire, en grande partie grâce aux investissements collectifs dans la santé, la formation et les infrastructures publiques.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour gagner la bataille culturelle et intellectuelle, il est temps que l’Europe affirme ses valeurs et défende haut et fort son modèle de développement, opposé en tous points au modèle nationaliste-extractiviste des trumpistes et des poutiniens. Pour mener ce combat, un enjeu crucial est celui des indicateurs utilisés pour mesurer le progrès humain. La question est tout sauf technique : elle est politique et concerne tous les citoyens. Trop souvent, le débat européen s’abîme dans des indicateurs hors d’âge, et totalement inadaptés pour penser l’avenir et le bien-être social à l’heure du réchauffement climatique.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’erreur la plus grossière – et malheureusement très répandue – consiste à comparer les PIB par habitant exprimés aux taux de change de marché. Cela revient à oublier l’envolée des prix aux Etats-Unis : c’est comme si l’on examinait l’évolution des salaires en oubliant l’inflation. En 2025, le taux de change était en moyenne de 1,10 dollar par euro (1,05 en début d’année, 1,15 à la fin). Mais pour égaliser le niveau des prix, il faudrait que le taux de change soit d’environ 1,50 dollar par euro. En oubliant de raisonner en parité de pouvoir d’achat, qui est pourtant la seule façon de comparer les niveaux de vie et les volumes réels de biens et services produits ici et là, on exagère donc de près de 40% la richesse états-unienne par comparaison à la richesse européenne.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde erreur consiste à oublier les écarts de temps de travail. Or l’Europe a fait le choix de semaines de travail plus courtes et de congés plus longs, ce qui lui a permis d’augmenter le bien-être social et de réduire son empreinte matérielle. Si l’on prend en compte ces deux facteurs, alors on constate que la productivité horaire, c’est-à-dire le PIB par heure travaillée exprimé en parité en pouvoir d’achat, &lt;a href="https://wid.world/document/equality-and-development-a-comparative-historical-perspective-1800-2025-world-inequality-lab-working-paper-2025-25/"&gt;est plus élevée en Europe du Nord qu’aux Etats-Unis&lt;/a&gt;, dont l’avance dans certains secteurs et territoires est plus que compensée par les retards observés ailleurs. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’Allemagne et la France, qui étaient également au-dessus des Etats-Unis il y a 20 ans, sont passés légèrement au-dessous depuis, conséquence des politiques malthusiennes menées en Europe depuis la crise de 2008. &lt;a href="https://lucaschancel.com/etudiants/"&gt;La dépense réelle par étudiant a ainsi chuté de plus de 20% en France depuis 15 ans&lt;/a&gt;, ce qui est la pire façon de préparer l’avenir. Compte tenu des sommes gigantesques investies dans l’enseignement supérieur outre-Atlantique, il est miraculeux que l’on soit encore au coude-à-coude.      &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisième erreur, plus grave encore, consiste à se focaliser sur le PIB marchand, en oubliant les indicateurs sociaux (comme l’espérance de vie) ou écologiques. Si l’on prend en compte les externalités négatives liées aux émissions carbone, alors le PIB corrigé de ces effets externes s’effondre aux Etats-Unis par comparaison à l’Europe. Ce n’est pas en couvrant la planète de centres de données – nouveau fantasme en vogue à Washington et parfois à Bruxelles – que l’on va résoudre les problèmes du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tôt ou tard, l’Europe devra sortir des ambiguïtés et défendre des règles économiques et commerciales cohérentes avec un modèle de développement véritablement équitable et soutenable. Par exemple, dans la mesure où l’accord ne fait que renforcer la déforestation latino-américaine en cours, il est logique de s’opposer au Mercosur. Mais ce serait encore mieux de soutenir la proposition brésilienne d’impôt mondial sur les milliardaires et les multinationales, dont les recettes pourraient compenser les pays qui restreignent volontairement les productions les plus nocives. C’est à ce prix que l’Europe deviendra une puissance sociale-démocrate à l’échelle mondiale.&lt;br&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>Europe, a social-democratic power</title><link>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/02/03/europe-a-social-democratic-power/</link><comments>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/02/03/europe-a-social-democratic-power/#respond</comments><dc:creator>thomaspiketty</dc:creator><pubDate>Tue, 03 Feb 2026 08:26:17 +0000</pubDate><category>Uncategorized</category><guid isPermaLink="false">http://thomaspiketty.wordpress.com/?p=2393</guid><description>To assert itself on the world stage, Europe first has to take pride in what it has become since 1945: a democratic, social and transnational power. European countries, which had long been fierce rivals and colonial empires, united after experiencing the abyss. Within this union, they developed a new social and democratic model, and Europe [&amp;#8230;]</description><wfw:commentRss>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/02/03/europe-a-social-democratic-power/feed/</wfw:commentRss><slash:comments>0</slash:comments><post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">2393</post-id><media:content url="https://1.gravatar.com/avatar/7a85125447055f50d25324ffca1035cf4b520315dcb87999a20befa3d1d97189?s=96&amp;d=identicon&amp;r=G" medium="image"><media:title type="html">thomaspikettylemonde</media:title></media:content><content:encoded>&lt;div class="entry-content alignfull wp-block-post-content has-global-padding is-layout-constrained wp-block-post-content-is-layout-constrained" morss_own_score="5.076923076923077" morss_score="55.47516182447689"&gt;
&lt;p&gt;To assert itself on the world stage, Europe first has to take pride in what it has become since 1945: a democratic, social and transnational power. European countries, which had long been fierce rivals and colonial empires, united after experiencing the abyss. Within this union, they developed a new social and democratic model, and Europe became a social-democratic power. This does not confine Europe to a particular political camp: It is simply a recognition of the broad consensus across the continent in support of the European social model.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The terms may vary: German conservatives refer to a « social market economy, » some prefer the notion of a « social state, » others speak of « ecological social democracy » or « eco-socialism. » These debates are legitimate, but the fact remains that no significant political force in Europe is proposing to reduce the role of the state to what it was in 1914 – less than 10% of gross domestic product (GDP), consisting mainly of sovereign and military spending. The most prosperous Nordic countries, such as Denmark, Sweden and Norway, have public spending close to 45% or 50% of GDP,&lt;strong&gt; similar from an historical perspective &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;to the levels seen in Germany and France&lt;/strong&gt;, and no one is going to reverse this reality.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The debate about the future centers on whether to stop there, which is the scenario of conservative social democracy and is widely shared by the right and sometimes the center-left, or whether to continue moving forward in response to new challenges, which is the thesis of ecological social democracy and eco-socialism. The latter is more ambitious but also more complex to implement. In any case, Europe is a social democratic power and will remain so.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If someone had told the European elites and liberal economists of 1914 that wealth redistribution would one day account for half of national income, they would have unanimously condemned the idea as collectivist madness and predicted the continent’s ruin. In reality, European countries have achieved unprecedented levels of prosperity and social well-being, largely due to collective investments in health, education and public infrastructure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To win the cultural and intellectual battle, Europe must now assert its values and defend its model of development, fundamentally opposed to the nationalist-extractivist model championed by Donald Trump’s supporters in the United States and by Vladimir Putin’s allies in Russia. A crucial issue in this fight is the choice of indicators used to measure human progress. This is not a mere technical matter; it is political and affects all citizens. All too often, the European debate becomes mired in outdated indicators that are completely unsuited to considering the future and social well-being in an era of climate change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The most glaring and unfortunately common mistake is to compare GDP per capita using market exchange rates. This amounts to ignoring the surge in prices in the US. It is like examining the evolution of wages while forgetting inflation. In 2025, the average exchange rate was &lt;strong&gt;on average around$1.10 to €1 (about $1.05 at the beginning of the year and $1.15 at the end)&lt;/strong&gt;. However, to equalize price levels, the exchange rate would need to be approximately $1.50 to €1. By failing to use purchasing power parity – the only way to compare the real levels of goods and services produced in each region – people overstate US wealth by nearly 40% compared to European wealth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second mistake is to overlook differences in working hours. Europe chose shorter workweeks and longer vacations, which increased social well-being and reduced its material footprint. Taking both factors into account, hourly productivity, or GDP per hour worked, measured in purchasing power parity, is &lt;a href="https://wid.world/document/equality-and-development-a-comparative-historical-perspective-1800-2025-world-inequality-lab-working-paper-2025-25/"&gt;higher in northern Europe than in the US&lt;/a&gt;, whose lead in some sectors and regions is more than offset by lagging performance elsewhere.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Germany and France, which were also ahead of the US 20 years ago, have since fallen slightly behind, as a result of austerity policies pursued in Europe since the 2008 crisis. &lt;a href="https://lucaschancel.com/etudiants/"&gt;Real spending per student in France has dropped by more than 20% over the past 15 years&lt;/a&gt;, which is the worst way to prepare for the future. Given the enormous sums invested in higher education in the US, it is remarkable that Europe is still keeping pace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The third and more serious error is to focus on market GDP while ignoring social indicators, such as life expectancy, or environmental ones. When accounting for the negative externalities associated with carbon emissions, GDP adjusted for these effects &lt;strong&gt;falls&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;  significantly&lt;/strong&gt; in the US compared to Europe. Covering the planet with data centers – a new obsession in Washington and &lt;strong&gt;sometime &lt;/strong&gt;Brussels – will not solve the world’s problems.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sooner or later, Europe will have to move beyond ambiguity and defend economic and trade rules that are consistent with a truly fair and sustainable development model. For instance, opposition to the Mercosur agreement, which only exacerbates ongoing deforestation in Latin America, is warranted. Even better would be supporting the Brazilian proposal for a global tax on billionaires and multinationals, with the revenue going to countries that voluntarily restrict harmful production methods. That is the price Europe must pay to become a social-democratic power on a global scale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>Project 2025, du cauchemar à la réalité</title><link>https://thomaspiketty.wordpress.com/2025/12/16/project-2025-du-cauchemar-a-la-realite/</link><comments>https://thomaspiketty.wordpress.com/2025/12/16/project-2025-du-cauchemar-a-la-realite/#respond</comments><dc:creator>thomaspiketty</dc:creator><pubDate>Tue, 16 Dec 2025 08:29:50 +0000</pubDate><category>en-français</category><category>Non classé</category><guid isPermaLink="false">http://thomaspiketty.wordpress.com/?p=2382</guid><description>L’année 2025 a été marquée par le choc Trump : un déferlement inouï de brutalité extrême, de nationalisme décomplexé et d’extractivisme sans limite qui a ébranlé le monde comme jamais depuis 1945. &amp;#160; Pour mieux comprendre ce qui a rendu tout cela possible et comment y faire face à l’avenir, il faut commencer par revenir [&amp;#8230;]</description><wfw:commentRss>https://thomaspiketty.wordpress.com/2025/12/16/project-2025-du-cauchemar-a-la-realite/feed/</wfw:commentRss><slash:comments>0</slash:comments><post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">2382</post-id><media:content url="https://1.gravatar.com/avatar/7a85125447055f50d25324ffca1035cf4b520315dcb87999a20befa3d1d97189?s=96&amp;d=identicon&amp;r=G" medium="image"><media:title type="html">thomaspikettylemonde</media:title></media:content><content:encoded>&lt;div class="wp-block-group alignfull has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained" style="padding-top:var(--wp--preset--spacing--60);padding-bottom:var(--wp--preset--spacing--60)" morss_own_score="2.5133640552995393" morss_score="10.097579647214843"&gt;&lt;h1&gt;Project 2025, du cauchemar à la réalité&lt;/h1&gt;
&lt;time&gt;16 décembre 2025&lt;/time&gt;
&lt;div class="entry-content alignfull wp-block-post-content has-global-padding is-layout-constrained wp-block-post-content-is-layout-constrained" morss_own_score="5.168431183830607" morss_score="47.55649088532314"&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;L’année 2025 a été marquée par le choc Trump : un déferlement inouï de brutalité extrême, de nationalisme décomplexé et d’extractivisme sans limite qui a ébranlé le monde comme jamais depuis 1945.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="8.35820895522388" morss_score="8.35820895522388"&gt;Pour mieux comprendre ce qui a rendu tout cela possible et comment y faire face à l’avenir, il faut commencer par revenir aux sources, c’est-à-dire au Project 2025, ce &lt;a href="https://static.heritage.org/project2025/2025_MandateForLeadership_FULL.pdf"&gt;rapport de  920 pages publié en 2023 par l’Heritage Foundation&lt;/a&gt;, le plus influent think tank conservateur de Washington. Ministère par ministère (sécurité, immigration, éducation, énergie, commerce, etc.), le rapport décrit la stratégie à suivre après l’arrivée au pouvoir visée pour janvier 2025, allant jusqu’à préciser le contenu et le calendrier des « executive orders », ces décrets présidentiels signés en public et en cascade par Donald Trump depuis l’investiture. Le rapport s’appuie sur les travaux de centaines d’experts conservateurs – c’est ainsi qu’ils se désignent – rassemblés par cette fondation richement dotée (entreprises et milliardaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe le plus quand on lit ce rapport aujourd’hui, c’est le degré de préparation technique, politique et idéologique derrière l’administration Trump, qui au cours de l’année écoulée a suivi quasiment à la lettre les plans établis dans le cadre du Project 2025. De même, la nouvelle &lt;a href="https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf"&gt;doctrine de sécurité nationale récemment publiée par la Maison Blanche&lt;/a&gt; s’apparente à du copier-coller de ce projet.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;De façon révélatrice, le Project 2025 distingue plusieurs ennemis politiques et idéologiques. Il y a d’abord les libéraux mondialistes, adeptes du libre-échange absolu et de la mondialisation heureuse, qui apparaissent comme les idiots utiles du trumpisme. Faciles à battre et à détester, ces élites libérales se moquent de la désindustrialisation, des pertes d’emploi et de la destruction des communautés locales et des liens familiaux. A l’inverse, les fiers conservateurs du Project 2025 se chargent de protéger ces communautés. D’abord en affirmant la puissance des Etats-Unis dans le monde, à grand renforts de droits de douanes et d’extractivisme tous azimuts : saisies directes d’actifs (Ukraine, Panama, Groenland), tribut militaire imposé aux Européens, fuite en avant vers les énergies fossiles. Ensuite en réhabilitant l’effort, les valeurs familiales et le respect des hiérarchies naturelles et culturelles. La plaie de la « fatherlessness » (le fait de grandir sans père, situation qui touche notamment les minorités ethniques) est dénoncée en boucle et attribuée aux discours libéraux niant les rôles et les genres et piétinant la famille traditionnelle.  &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Mais le Project 2025 est surtout préoccupé par un ennemi jugé beaucoup plus dangereux : les socialistes internationalistes et leurs projets de super-Etat mondial. La crainte peut faire sourire : les trumpistes ont parfois tendance à confondre de paisibles sociaux-démocrates européens avec d’effrayants révolutionnaires marxistes. Elle doit cependant être prise au sérieux. D’abord car les tenants du socialisme démocratique – Bernie Sanders ou Zohran Mamdani – sont devenus très populaires depuis 10 ans au sein de la jeunesse états-unienne.&lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Ensuite et surtout parce que les auteurs du Project 2025 semblent sincèrement traumatisés par les discussions sur la fiscalité internationale, les réparations climatiques ou la réforme du système financier qui se sont développés depuis la crise de 2008 et les accords de Paris de 2015. Ils exècrent la proposition du Brésil de création d’un impôt mondial sur les milliardaires, tout autant que l’émission importante de monnaie internationale (les droits de tirages spéciaux du FMI) qui a eu lieu après les crises de 2008 et 2020. D’autant plus que les Etats-Unis vont bientôt perdre leur droit de veto sur ces décisions, à mesure que leur part décline dans le PIB mondial.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Un passage particulièrement révélateur concerne le commerce, qui prend la forme très inhabituelle dans le Project 2025 de deux chapitres présentant des positions opposées. Le chapitre principal défend une avalanche de droits de douanes très proches de ce que Trump a mis en place au cours de l’année 2025. Comme Trump, l’auteur ne semble guère se faire d’illusions sur les créations d’emplois industriels qui pourraient en découler. De façon générale, le rapport témoigne d’une empathie limitée pour les plus pauvres et s’appuie sur une approche instrumentale, paternaliste et hiérarchique du vote ouvrier. L’objectif principal des droits de douane semble être de fournir des recettes au gouvernement fédéral et de poursuivre l’entreprise de démolition de l’impôt progressif (projet commun des libéraux et des conservateurs depuis les années 1980, mais sur lequel ces derniers ont toujours eu une longueur d’avance). &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Le second chapitre consacré au commerce désapprouve cette stratégie. L’auteur conservateur dissident craint qu’en remettant en cause aussi ouvertement les principes du libre-échange, on finisse par ouvrir un boulevard à la planification socialiste mondiale. A l’avenir, les ennemis du marché s’appuieront sur ce précédent pour réguler les échanges en fonction de critères sociaux et climatiques : le cauchemar absolu pour les conservateurs. Les trumpistes ont finalement fait le choix du protectionnisme, pour des raisons à la fois électorales et financières, mais la peur d’une dérive socialiste est clairement posée.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;De fait, le véritable ennemi de la droite nationaliste et extractiviste incarnée par les trumpistes est la gauche social-démocrate mondiale. Cette dernière peut l’emporter, à condition qu’elle sache s’organiser et sortir des ornières libérales du passé. La brutalité trumpiste est un signe de faiblesse. Les Etats-Unis sont en train de perdre le contrôle du monde. Certains outre-Atlantique pensent y échapper en sortant les armes et en ordonnant aux Européens de conserver leur pureté raciale pour préserver l’alliance occidentale. Ils ne feront que ternir un peu plus l’image de leur pays et convaincre le reste du monde que l’avenir devra de plus en plus souvent s’écrire sans eux.  &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>Project 2025, from nightmare to reality</title><link>https://thomaspiketty.wordpress.com/2025/12/16/project-2025-from-nightmare-to-reality/</link><comments>https://thomaspiketty.wordpress.com/2025/12/16/project-2025-from-nightmare-to-reality/#respond</comments><dc:creator>thomaspiketty</dc:creator><pubDate>Tue, 16 Dec 2025 08:26:48 +0000</pubDate><category>in-english</category><category>Non classé</category><guid isPermaLink="false">http://thomaspiketty.wordpress.com/?p=2378</guid><description>The year 2025 was marked by the Trump shock: an unprecedented wave of extreme brutality, unapologetic nationalism, and unrestrained extractivism that shook the world as never before since 1945. To better understand what made it all possible, and how to confront it in the future, we must turn to its roots. Namely, to Project 2025, [&amp;#8230;]</description><wfw:commentRss>https://thomaspiketty.wordpress.com/2025/12/16/project-2025-from-nightmare-to-reality/feed/</wfw:commentRss><slash:comments>0</slash:comments><post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">2378</post-id><media:content url="https://1.gravatar.com/avatar/7a85125447055f50d25324ffca1035cf4b520315dcb87999a20befa3d1d97189?s=96&amp;d=identicon&amp;r=G" medium="image"><media:title type="html">thomaspikettylemonde</media:title></media:content><content:encoded>&lt;div class="entry-content alignfull wp-block-post-content has-global-padding is-layout-constrained wp-block-post-content-is-layout-constrained" morss_own_score="5.19496855345912" morss_score="47.25733414485697"&gt;
&lt;p&gt;The year 2025 was marked by the Trump shock: an unprecedented wave of extreme brutality, unapologetic nationalism, and unrestrained extractivism that shook the world as never before since 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To better understand what made it all possible, and how to confront it in the future, we must turn to its roots. Namely, to Project 2025, &lt;a href="https://static.heritage.org/project2025/2025_MandateForLeadership_FULL.pdf"&gt;the 920-page report published by the Heritage Foundation&lt;/a&gt;, Washington’s most influential conservative think tank, in 2023. From one state department to another (security, immigration, education, energy, trade, etc.), the report outlines the strategy to follow after taking office, targeted for January 2025. It even specifies the content and timetable for executive orders, the presidential decrees signed publicly and in rapid succession by Donald Trump since his inauguration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The report drew on the work of hundreds of conservative experts – as they call themselves – brought together by the foundation, which is lavishly funded by corporations and billionaires. What stands out most when reading the report today is the degree of technical, political and ideological preparation behind the Trump administration. Over the past year, Trump has followed the plans laid out by Project 2025 almost to the letter. Similarly, the new &lt;a href="https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf"&gt;National Security Strategy&lt;/a&gt; published by the White House on December 5 reads almost like a copy-and-paste of the project.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revealingly, Project 2025 identifies several political and ideological enemies. First, there are the globalist liberals, staunch advocates of absolute free trade and unfettered globalization, who are portrayed as useful idiots. Easy to defeat and despise, these liberal elites care little for deindustrialization, job losses and the destruction of local communities and family ties. In contrast, the proud conservatives behind Project 2025 claim to protect these communities. They do so first by asserting US power in the world, relying heavily on tariffs and all-out extractivism: outright asset seizures (Ukraine, Panama, Greenland), imposing military tribute on Europe, and doubling down on fossil fuels. Next, they champion hard work, family values, and respect for natural and cultural hierarchies. The scourge of « fatherlessness » (growing up without a father, a situation that particularly affects ethnic minorities) is repeatedly condemned and blamed on liberal narratives that deny traditional gender roles and undermine the traditional family.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But Project 2025 is mainly concerned with an enemy it deems much more dangerous: internationalist socialists and their plans for a global superstate. The fear may seem laughable, as Trumpists sometimes tend to conflate mild-mannered European social democrats with fearsome Marxist revolutionaries. Yet it must be taken seriously. First, because supporters of democratic socialism such as Bernie Sanders and Zohran Mamdani have become very popular among young Americans over the past decade.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Even more importantly, the authors of Project 2025 seem genuinely alarmed by international debates on taxation, climate reparations or reforms of the global financial system that have gained traction since the 2008 crisis and the Paris Agreement of 2015. They loathe Brazil’s proposal to create a global tax on billionaires just as much as they resent the significant issuance of international currency (Special Drawing Rights by the International Monetary Fund) that occurred after the crises of 2008 and 2020. All the more so because the US will soon lose its veto power over such decisions as its share of global GDP declines.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A particularly telling section concerns trade, which takes the very unusual form in Project 2025 of two chapters setting out opposing positions. The main chapter advocates an avalanche of tariffs closely resembling what Trump implemented in 2025. Like the US president, the author seems to be under no illusions about the extent of industrial job creation this could bring. In general, the report displays little empathy for the poorest and relies on an instrumental, paternalistic and hierarchical approach to the working-class vote. The main objective of tariffs seems to be to generate revenue for the federal government and to continue dismantling the progressive tax system – a project shared by liberals and conservatives since the 1980s, though conservatives have always maintained a lead in this area.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Project 2025’s second chapter on trade opposes such a strategy. The dissenting conservative author fears that by so openly repudiating the principles of free trade, the door may eventually be opened to global socialist planning. In future, opponents of the market will use this precedent to regulate trade based on social and climate criteria: the ultimate nightmare for conservatives. In the end, Trumpists opted for protectionism for both electoral and financial reasons, but the fear of a socialist drift is clearly acknowledged.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In reality, the true enemy of the nationalist and extractivist right embodied by Trumpists is the global social-democratic left. That left can win, provided it learns to organize and move beyond the liberal ruts of the past. Trumpist brutality is a sign of weakness. The US is losing its grip on the world. Across the Atlantic, some believe they can escape this decline by brandishing weapons and instructing Europeans to preserve their racial purity to maintain the Western alliance. All they will do is further tarnish their country’s image and convince the rest of the world that the future will increasingly be written without them.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>Le RN, parti des milliardaires</title><link>https://thomaspiketty.wordpress.com/2025/11/11/le-rn-parti-des-milliardaires/</link><comments>https://thomaspiketty.wordpress.com/2025/11/11/le-rn-parti-des-milliardaires/#respond</comments><dc:creator>thomaspiketty</dc:creator><pubDate>Tue, 11 Nov 2025 08:12:15 +0000</pubDate><category>en-français</category><guid isPermaLink="false">http://thomaspiketty.wordpress.com/?p=2356</guid><description>Comment sortir du blocage politique français? D’abord en acceptant l’idée que la démocratie a besoin d’alternances claires et assumées pour fonctionner correctement. Ce n’est pas en gardant toujours les mêmes au pouvoir que l’on va sortir de la crise démocratique&amp;#160;actuelle. La bipolarisation gauche-droite, à condition qu’elle se renouvelle assez&amp;#160;rapidement dans son contenu face aux transformations [&amp;#8230;]</description><wfw:commentRss>https://thomaspiketty.wordpress.com/2025/11/11/le-rn-parti-des-milliardaires/feed/</wfw:commentRss><slash:comments>0</slash:comments><post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">2356</post-id><media:content url="https://1.gravatar.com/avatar/7a85125447055f50d25324ffca1035cf4b520315dcb87999a20befa3d1d97189?s=96&amp;d=identicon&amp;r=G" medium="image"><media:title type="html">thomaspikettylemonde</media:title></media:content><content:encoded>&lt;div class="wp-block-group alignfull has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained" style="padding-top:var(--wp--preset--spacing--60);padding-bottom:var(--wp--preset--spacing--60)" morss_own_score="2.5175600739371533" morss_score="10.117560073937153"&gt;&lt;h1&gt;Le RN, parti des milliardaires&lt;/h1&gt;
&lt;time&gt;11 novembre 2025&lt;/time&gt;
&lt;div class="entry-content alignfull wp-block-post-content has-global-padding is-layout-constrained wp-block-post-content-is-layout-constrained" morss_own_score="5.2" morss_score="53.543245539507225"&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Comment sortir du blocage politique français? D’abord en acceptant l’idée que la démocratie a besoin d’alternances claires et assumées pour fonctionner correctement. Ce n’est pas en gardant toujours les mêmes au pouvoir que l’on va sortir de la crise démocratique actuelle. La bipolarisation gauche-droite, à condition qu’elle se renouvelle assez rapidement dans son contenu face aux transformations du monde, a ceci de vertueux qu’elle permet de telles alternances. C’est ce modèle qui a permis la consolidation de la démocratie au 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, et c’est dans cette direction qu’il faut aller aujourd’hui pour éviter son délitement.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;De ce point de vue, le fait que les députés RN aient voté comme un seul homme avec le reste de la droite contre l’impôt minimal de 2% sur les détenteurs de plus de 100 millions d’euros de patrimoine est un évènement majeur, qui peut contribuer à la clarification politique. En volant au secours des ultra-riches, alors qu’il s’était jusqu’ici abstenu, le RN s’est clairement affirmé comme le parti des milliardaires, comme un parti de droite, sur tous les plans, à la fois nationaliste, antimigrants, extractiviste et hyper-capitaliste, de la même façon que les républicains de Donald Trump.  &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Ce choix peut surprendre, si l’on pense au verni populaire et social que le parti lepéniste a longtemps voulu se donner. Il est en réalité parfaitement logique. D’abord parce que les alliés que le RN peut espérer rassembler pour atteindre une majorité parlementaire sont clairement sur une ligne de droite classique, anti-impôt et anti-dépense publique. C’est le cas pour l’UDR (Union des Droites pour la République) d’Éric Ciotti, qui a officiellement rallié le RN en 2024, tout autant que pour le reste de LR (Les Républicains). C’est également le cas des plus droitiers des macronistes, qui ont aussi montré ces dernières années qu’ils étaient prêts à faire alliance avec le RN pour voter des textes aussi importants que la loi immigration en décembre 2023 (avec à la clé une refonte du code de la nationalité et une remise en cause profonde du droit du sol, finalement non appliquée pour des raisons techniques) ou la loi anti-locataires (et prétendument anti-squatteurs) en décembre 2022.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;L’engagement du RN auprès des ultra-riches est également cohérent avec l’idéologie générale du parti, qui repose sur une vision profondément hiérarchique du monde. Pour le RN comme pour les trumpistes, l’inégalité est partout et surtout elle est inévitable: entre les nationaux et les étrangers, entre les chrétiens et les musulmans, entre les honnêtes gens et les délinquants, entre ceux qui bossent dur et ceux qui vivent de l’assistanat. Face à cette dure réalité, mieux vaut exalter l’identité nationale et la puissance, l’ordre et le respect des hiérarchies, et surtout éviter les discours de Bisounours sur la justice sociale et l’harmonie universelle, qui ne seraient que d’hypocrites berceuses distillées par les idéologues de gauche pour se donner bonne conscience et tromper les crédules. Ce discours ancré à droite a d’immenses faiblesses, mais il a aussi ses lignes de forces, et en tout état de cause il joue un rôle central dans le débat public.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Face à cette nouvelle union des droites, la gauche a une responsabilité historique. Comme Zhoran Mamdani a New York, elle doit d’abord mettre l’accent sur les mesures sociales et universalistes (coût de la vie, logement, transport, santé, écoles) et démontrer que seule une mise à contribution des plus riches permet de financer tout cela. &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;La gauche doit aussi s’appuyer sur les leçons de l’histoire. Face à une dette publique qui a retrouvé ses sommets historiques, seule une mise à contribution exceptionnelle des plus hauts patrimoines privés permet de repartir de l’avant.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Le barème de l’Impôt de Solidarité Nationale appliqué en France en 1945 montait jusqu’à 20% sur les plus hauts patrimoines, et 100% sur les enrichissements les plus importants. Il pouvait être payé en titres et ne comptait aucune exonération pour les « biens professionnels » et autres « entreprises familiales et innovantes ». Dans l’après-guerre, le Lastenausgleich (« partage du fardeau ») montait en Allemagne jusqu’à 50% pour les patrimoines les plus élevés. L’impôt équivalent atteignait 90% au Japon.  &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Ceux qui répètent en boucle qu’il serait juridiquement impossible de mettre à contribution les plus hauts patrimoines, et qu’un impôt plancher de 2% sur les ultra-riches serait confiscatoire, ne font que témoigner de leur profonde ignorance historique. Et aussi de leur refus de tout débat rationnel et apaisé, appuyé sur des bases empiriques solides.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="8.181818181818182" morss_score="8.181818181818182"&gt;Au-delà de l’enjeu financier, cette mise à contribution des plus fortunés serait aussi l’occasion de redistribuer le pouvoir économique, en accordant enfin des droits de vote importants aux salariés dans les conseils d’administration des entreprises, comme cela se fait en Allemagne et en Suède depuis les années 1950. La richesse est toujours collective : elle dépend de l’implication de milliers de personnes, et non pas de quelques génies individuels sans lesquels le monde s’effondrerait. L’échelle des revenus a été divisée par dix en Europe depuis 1910, et cette marche vers l’égalité a été main dans la main avec une prospérité sans précédent, comme vient de le montrer &lt;a href="https://wid.world/document/equality-and-development-a-comparative-historical-perspective-1800-2025-world-inequality-lab-working-paper-2025-25/"&gt;une étude publiée par le Laboratoire sur les inégalités mondiales&lt;/a&gt;.  &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="8.504672897196262" morss_score="8.504672897196262"&gt;Enfin, et peut-être surtout, la gauche en France comme aux Etats-Unis doit tout faire pour résorber la fracture territoriale. Le fossé électoral entre les classes populaires des grandes agglomérations et celles des villes moyennes et des communes rurales &lt;a href="https://www.unehistoireduconflitpolitique.fr/"&gt;a retrouvé des niveaux inconnus depuis un siècle&lt;/a&gt;. Les premières continuent de voter à gauche mais les secondes ont largement basculé à droite. C’est la conséquence d’un profond sentiment d’abandon face aux services publics et à la concurrence internationale. C’est en réunifiant les classes populaires, comme elle a su le faire au 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, que la gauche parviendra à imposer une nouvelle bipolarisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;/div&gt;
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