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&lt;time&gt;23 juin 2026&lt;/time&gt;
&lt;div class="entry-content alignfull wp-block-post-content has-global-padding is-layout-constrained wp-block-post-content-is-layout-constrained" morss_own_score="5.103782735208536" morss_score="46.07213716558828"&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;La France va faire des choix politiques décisifs dans l’année qui vient. D’un côté, une droite nationaliste en plein essor, de plus en plus proche des milieux d’affaires, et qui entend arriver au pouvoir en stigmatisant l’immigration et les étrangers. Dans sa besace, des référendums anti-migrants permettant de « redonner la parole au peuple ». Face à cela, la gauche tergiverse, hésite, se divise, bégaye. Pour clarifier ses positions et unir ses forces, la gauche doit proposer l’adoption par référendum d’un impôt de solidarité nationale pesant sur les milliardaires et centimillionaires. Compte tenu de l’état du débat et de l’ampleur des enjeux, c’est la meilleure façon de trancher la question. La droite veut rendre la parole au peuple sur l’identité et l’immigration. La gauche doit faire de même mais en se plaçant sur le terrain de la solidarité et de la justice. Et en montrant au passage que le discours anti-migrants du RN n’est qu’un faux nez visant à détourner la colère sociale et à défendre les plus riches.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Une telle proposition permettrait de clarifier les choix en présence et de placer la question démocratique au cœur de la présidentielle. Aucun référendum n’a eu lieu en France depuis 2005 (du jamais-vu depuis 1945). La crise des Gilets jaunes aurait dû être l’occasion de créer un véritable référendum d’initiative citoyenne. Rien n’a été fait. Il est temps aujourd’hui de faire confiance aux citoyens et de leur redonner la parole sur un sujet qui est au cœur de l’histoire du pays depuis 1789: l’égalité et la fin des privilèges.   &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte soumis à référendum pourrait s’inspirer de &lt;a href="https://prod.wid.world/www-site/uploads/2026/05/WorldInequalityLab_WP2026_13_Taxing_Wealth_and_Enrichment_Lessons_from_the_1945_French_National_Solidarity_Levy_Final-2.pdf"&gt;l’impôt de solidarité nationale (ISN) adopté par l’ordonnance du 15 août 1945&lt;/a&gt;. L’ISN comportait deux composantes: d’une part un impôt sur les plus hauts patrimoines détenus en 1945, avec un taux montant jusqu’à 20% sur les plus grandes fortunes; et d’autre part une contribution exceptionnelle sur l’enrichissement constaté entre 1938 et 1945, avec un taux s’élevant à 100% pour les hausses de patrimoines les plus importantes.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;L’ISN version 2027 proposé par la gauche pour une adoption par référendum pourrait lui aussi compter deux composantes: d’une part un impôt exceptionnel au taux de 50% sur les enrichissements supérieurs à 100 millions d’euros entre 2017 et 2027; et d’autre part un impôt annuel et permanent au taux de 5% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions et 10% au delà de 1 milliard. &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Les recettes seraient de l’ordre de 800 milliards d’euros (400 milliards pour la composante exceptionnelle et 400 milliards en 10 ans pour la composante permanente), soit environ 30% du PIB. Cela reste modeste par comparaison au Lastenausgleich allemand de 1952, un système d’imposition exceptionnelle des plus hauts patrimoines dont les recettes représentaient 60% du PIB allemand de l’époque, alors même que les fortunes privées étaient autrement moins florissantes qu’en France aujourd’hui (250% du PIB contre plus de 500%). Pour éviter tout contournement, l’ISN serait dû en proportion du nombre d’années de résidence en France, si bien que l’exil fiscal ne couterait pas grand-chose au fisc (un contribuable s’exilant après 60 ans en France continuerait de payer 60/61e de l’impôt dû par les résidents la première année, 60/62e la seconde, etc).   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="8.227848101265822" morss_score="8.227848101265822"&gt;Ces 800 milliards d’euros seraient payés en titres par les milliardaires et centimillionnaires et placés dans un fonds souverain permettant à la puissance publique de réorienter l’investissement en fonction des priorités stratégiques du pays, en particulier sur le plan énergétique. Sur la base de ces nouveaux actifs, la France lancerait un emprunt exceptionnel de 400 milliards permettant de financer un ambitieux plan d’investissement et de recrutement dans la formation, la recherche et la santé. C’est un nouveau contrat social, un autre modèle de développement, plus souverain, plus équitable et plus durable, sur lequel ouvrirait ce référendum (voir le &lt;a href="https://globaljusticeproject.wid.world/"&gt;Global Justice Report: A Plan for Equality &amp;amp; Prosperity within Planetary Boundaries&lt;/a&gt;). A l’opposé du modèle que nous proposent les milliardaires et les techno-nationalistes, qui n’ont d’autre projet que de couvrir le monde de data centers et de s’enrichir toujours plus, sans aucun souci social ou environnemental.  &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Certains tenteront de prétendre qu’un tel impôt de solidarité nationale serait juridiquement impossible ou inconstitutionnel. L’argument est incompréhensible sur le plan historique, puisqu’un impôt comparable a été appliqué en France en 1945 (ainsi d’ailleurs que dans de nombreux pays en Europe et au Japon pour faire face aux défis de l’après-guerre, période marquée par une lourde dette et de forts besoins d’investissement public, comme aujourd’hui), et qu’aucune modification constitutionnelle intervenue depuis lors n’est venue interdire ou limiter l’imposition progressive du patrimoine. Par ailleurs, l’article 11 de la constitution permet au président de soumettre aux électeurs tout projet de loi relatif à « la politique économique ou sociale de la nation » (sans adoption parlementaire préalable). L’article 34 précise que la fixation des taux et des assiettes d’imposition de toutes natures relève de la loi (et de personne d’autre). Si un président élu en proposant un tel référendum active l’article 11 au lendemain de son élection, il sera tout simplement impossible de s’y opposer sur le plan démocratique.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;On peut bien sûr s’opposer politiquement à l’ISN, par exemple en expliquant que les immenses inégalités patrimoniales actuelles sont indispensables pour faire face aux défis de l’avenir, ou bien qu’un tel impôt serait souhaitable dans l’absolu mais facilement contournable en pratique. Ces arguments sont peu probants au vu des données historiques disponibles, mais ce débat est légitime. Ce qui est certain, c’est qu’il faut cesser de se dissimuler derrière de pseudo-arguments juridiques et accepter de placer la discussion sur le terrain politique, historique, social et économique. C’est le débat démocratique auquel les électeurs ont droit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;


&lt;span&gt;←&lt;/span&gt;&lt;a href="https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/06/23/a-referendum-for-social-justice/"&gt;A referendum for a new development model&lt;/a&gt;


&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>A referendum for a new development model</title><link>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/06/23/a-referendum-for-social-justice/</link><comments>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/06/23/a-referendum-for-social-justice/#respond</comments><dc:creator>thomaspiketty</dc:creator><pubDate>Tue, 23 Jun 2026 05:19:00 +0000</pubDate><category>Uncategorized</category><guid isPermaLink="false">http://thomaspiketty.wordpress.com/?p=2437</guid><description>France is set to make decisive political choices in the coming year. On one side stands a nationalist right wing on the rise, increasingly aligned with business interests, aiming to take power by stigmatizing immigration and foreigners. In its bag of tricks: anti-immigrant referendums promising to &amp;#171;&amp;#160;give the people their voice back.&amp;#160;&amp;#187; Faced with this, [&amp;#8230;]</description><wfw:commentRss>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/06/23/a-referendum-for-social-justice/feed/</wfw:commentRss><slash:comments>0</slash:comments><post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">2437</post-id><media:content url="https://1.gravatar.com/avatar/7a85125447055f50d25324ffca1035cf4b520315dcb87999a20befa3d1d97189?s=96&amp;d=identicon&amp;r=G" medium="image"><media:title type="html">thomaspikettylemonde</media:title></media:content></item><item><title>Trump, un guerrier sans brahmane</title><link>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/05/19/trump-un-guerrier-sans-brahmane/</link><comments>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/05/19/trump-un-guerrier-sans-brahmane/#respond</comments><dc:creator>thomaspiketty</dc:creator><pubDate>Tue, 19 May 2026 10:25:33 +0000</pubDate><category>en-français</category><category>Non classé</category><guid isPermaLink="false">http://thomaspiketty.wordpress.com/?p=2429</guid><description>Dans les sociétés trifonctionnelles traditionnelles, la fougue des guerriers est tempérée par les sages conseils des brahmanes. Cette alliance entre les deux classes dirigeantes, les guerriers et les intellectuels, est supposée apporter l’équilibre dans la force et assurer un développement harmonieux de la société, sous la conduite de ses élites naturelles, qui peuvent ainsi encadrer [&amp;#8230;]</description><wfw:commentRss>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/05/19/trump-un-guerrier-sans-brahmane/feed/</wfw:commentRss><slash:comments>0</slash:comments><post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">2429</post-id><media:content url="https://1.gravatar.com/avatar/7a85125447055f50d25324ffca1035cf4b520315dcb87999a20befa3d1d97189?s=96&amp;d=identicon&amp;r=G" medium="image"><media:title type="html">thomaspikettylemonde</media:title></media:content><content:encoded>&lt;div class="entry-content alignfull wp-block-post-content has-global-padding is-layout-constrained wp-block-post-content-is-layout-constrained" morss_own_score="4.836852207293665" morss_score="50.898360143801604"&gt;
&lt;p&gt;Dans les sociétés trifonctionnelles traditionnelles, la fougue des guerriers est tempérée par les sages conseils des brahmanes. Cette alliance entre les deux classes dirigeantes, les guerriers et les intellectuels, est supposée apporter l’équilibre dans la force et assurer un développement harmonieux de la société, sous la conduite de ses élites naturelles, qui peuvent ainsi encadrer efficacement la classe laborieuse, en lui donnant à la fois de l’ordre et du sens, et en se partageant prestige et avantages. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerriers, prêtres, travailleurs : l’anthropologue George Dumézil crut déceler là le point commun décisif des civilisations indo-européennes. En réalité, cette structure est beaucoup plus générale, et surtout elle s’apparente toujours davantage à un discours normatif qu’à une réalité immuable. Il est généralement formulé par les prêtres, brahmanes hindous dans le Manusmriti (rédigé vers le 2e siècle avant notre ère) ou évêques chrétiens dans l’Europe de l’an mil. Il vise avant tout à discipliner les guerriers et à leur imposer un minimum de respect pour le vaste savoir et la culture écrite des intellectuels, ce qui visiblement n’a rien d’évident dans la réalité historique, où de nouvelles classes guerrières prennent le pouvoir et se renversent les unes les autres en permanence. Mais il est aussi parfois repris par les guerriers, qui y voient alors un outil utile pour les aider à maintenir l’ordre et à obtenir le consentement des dominés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’histoire semble aujourd’hui rejouer cette mauvaise partition de la compétition entre élites. D’un côté, une droite marchande, guerrière, nationaliste et qui aime se présenter comme anti-intellectuelle, incarnée aux Etats-Unis par Trump et les républicains. De l’autre, une gauche brahmane, diplômée, libérale et internationaliste, incarnée outre-Atlantique par les démocrates. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De même qu’à l’âge trifonctionnel, cette opposition entre droite marchande et gauche brahmane est en grande partie factice. Elle permet aux élites nationalistes et libérales de se partager le pouvoir et d’asseoir leur domination sur les classes laborieuses, tout en empêchant toute véritable alternance populaire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu’en disent les uns et les autres, les trumpistes reposent eux aussi sur des centaines d’experts et d’universitaires, rassemblés dans de puissants think tanks comme l’Heritage Foundation. Le programme hyper-capitaliste qu’ils défendent – défense viscérale des hiérarchies sociales, glorification de la concentration extrême du pouvoir et de la fortune et de la fiscalité pro-riches qui la sous-tend – n’est guère différent de celui des économistes libéraux. A l’âge d’or de l’ordre « libéral », quand Bush envahissait l’Iraq, la brutalité militaire n’avait rien à envier à celle d’aujourd’hui. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-delà des affrontements rhétoriques, il existera toujours une diversité d’aspirations, de styles et d’identités au sein des élites, à la façon des conservateurs et des libéraux sous les monarchies censitaires. Mais le fait est que ces élites multiples ont tout intérêt à surjouer ces différences pour alterner au pouvoir, alors même que leurs options fondamentales ne diffèrent guère.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en-est on arrive là, et comment en sortir ? Le monde n’a pas toujours été gouverné par les élites. A la suite des révolutions sociales du 19e siècle et du triomphe du suffrage universel au 20e siècle, les classes populaires et leurs organisations syndicales et politiques sont parvenues à imposer une transformation sociale profonde, parfois en accédant directement au pouvoir (sociaux-démocrates suédois de 1932 à 1976, travaillistes britanniques en 1945, socialistes et communistes français en 1936 et 1945, démocrates rooseveltiens en 1932), et plus généralement en renversant les rapports de force entre travail et capital. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l’âge d’or du conflit électoral gauche-droite, en gros de 1910 à 1990, l’affrontement politique oppose les classes favorisées dans leur ensemble aux classes populaires. Dans tous les pays et à tous les scrutins, les premières votent beaucoup plus fortement pour les partis de droite que la moyenne, quelle que soit la dimension retenue (patrimoine, revenu, diplôme), et inversement pour les secondes. Les élites sont politiquement unifiées, &lt;a href="https://unehistoireduconflitpolitique.fr"&gt;les classes défavorisées aussi, avec des classes populaires rurales votant presque aussi fortement à gauche que les urbaines&lt;/a&gt;. Cette dialectique motrice permet de mettre la réduction des inégalités sociales au cœur du conflit politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce régime classiste vole en éclat entre 1980-1990 et 2010-2020. &lt;a href="https://wpid.world"&gt;Dans toutes les démocraties occidentales, on constate que le revenu et le diplôme se mettent à avoir des effets divergents sur le vote&lt;/a&gt;. Pour un diplôme donné, un revenu plus élevé conduit toujours à un vote de droite plus important. Mais pour un revenu donné, un diplôme plus élevé conduit désormais à un vote plus à gauche. Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs structurels, à commencer par la complexification de la structure sociale (avec la démocratisation éducative, un même niveau de diplôme ouvre désormais à des revenus très différents, pour des raisons à la fois choisies et subies) et &lt;a href="https://unehistoireduconflitpolitique.fr"&gt;la remontée spectaculaire de la fracture territoriale&lt;/a&gt; (les petites villes ont moins accès que les grandes agglomérations aux universités et aux hôpitaux et sont plus fortement soumises à la concurrence internationale). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l’explication principale tient aux choix politiques des partis sociaux-démocrates et assimilés, qui ont progressivement abandonné toute ambition redistributive, repoussant ainsi une part croissante des électeurs les plus défavorisés (notamment parmi les moins diplômés des petites villes) vers les nationalistes et l’abstention. Pour sortir de la crise actuelle et de l’affrontement factice entre élites, la gauche doit renouer avec l’ambition égalitaire du passé et rassembler les classes populaires de tous les territoires, tout en assumant le fait que les élites s’unissent contre elle. C’est la seule façon de retrouver la possibilité d’alternances véritables et de faire face au délitement démocratique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>Trump, a warrior without brahmin</title><link>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/05/19/trump-a-warrior-without-brahman/</link><comments>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/05/19/trump-a-warrior-without-brahman/#respond</comments><dc:creator>thomaspiketty</dc:creator><pubDate>Tue, 19 May 2026 10:22:55 +0000</pubDate><category>in-english</category><category>Non classé</category><guid isPermaLink="false">http://thomaspiketty.wordpress.com/?p=2425</guid><description>In traditional three-tiered societies, the warrior class was assumed to be restrained by the counsel of the Brahmin. This alliance between the two ruling classes, warriors and intellectuals, was supposed to bring balance to power and promote a harmonious society. The so-called natural elites could efficiently oversee the laboring class, providing both order and meaning, [&amp;#8230;]</description><wfw:commentRss>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/05/19/trump-a-warrior-without-brahman/feed/</wfw:commentRss><slash:comments>0</slash:comments><post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">2425</post-id><media:content url="https://1.gravatar.com/avatar/7a85125447055f50d25324ffca1035cf4b520315dcb87999a20befa3d1d97189?s=96&amp;d=identicon&amp;r=G" medium="image"><media:title type="html">thomaspikettylemonde</media:title></media:content><content:encoded>&lt;div class="entry-content alignfull wp-block-post-content has-global-padding is-layout-constrained wp-block-post-content-is-layout-constrained" morss_own_score="4.893264248704663" morss_score="50.02369903131336"&gt;
&lt;p&gt;In traditional three-tiered societies, the warrior class was assumed to be restrained by the counsel of the Brahmin. This alliance between the two ruling classes, warriors and intellectuals, was supposed to bring balance to power and promote a harmonious society. The so-called natural elites could efficiently oversee the laboring class, providing both order and meaning, while sharing prestige and privileges among themselves. Warriors, priests, workers: the anthropologist Georges Dumézil believed he found here the decisive common thread among Indo-European civilizations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In reality, this model is far more widespread and resembles a normative discourse rather than a fixed social reality. It was typically crafted by priests, Brahmins in the Hindu Manusmriti (2nd century BCE) or bishops in Christian Europe around the year 1000. Its main objective was to discipline warriors and make them respect the extensive knowledge and written culture of intellectuals, which was by no means a given, in a context where new warrior classes were constantly taking power and replacing each another. Yet warriors sometimes embraced the idea themselves, seeing it as a useful tool for maintaining order and securing the consent of those they ruled.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;History seems to be repeating this problematic rivalry between elites. On one side, you have a merchant, warrior-like, nationalist right that likes to present itself as anti-intellectual, embodied in the United States by Donald Trump and the Republicans. On the other side, there is a « Brahmin » left – educated, liberal and internationalist – represented across the Atlantic by the Democrats. Just as in the three-tiered era, this opposition between the merchant right and the « Brahmin » left is largely artificial. It enables both nationalist and liberal elites to share power and consolidate rule over the working class, all while preventing any real popular alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Whatever either side claims, Trumpists also depend on hundreds of experts and academics gathered in powerful think tanks such as the Heritage Foundation. The hyper-capitalist agenda they champion – a visceral defense of social hierarchies, glorification of an extreme concentration of power and wealth, and the pro-rich tax policies that support it – is hardly different from that of free-market liberal economists. During the golden age of the « liberal » order, when George W. Bush invaded Iraq in 2003, the level of military brutality was comparable to what we see today.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beyond rhetorical clashes, there has always been a range of aspirations, styles and identities within the elites, much as there were conservatives and liberals under monarchies with limited suffrage in the 19th century. Yet the fact remains that these different elites have every interest in exaggerating their differences in order to take turns in power, even though their fundamental policy choices differ little.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;How did we get here, and how do we move forward? The world was not always ruled by elites. After the social revolutions of the 19th century and the rise of universal suffrage in the 20th century, the working class and their union and political organizations managed to achieve profound social change – sometimes by gaining power directly (Swedish Social Democrats from 1932 to 1976, British Labour in 1945, French Socialists and Communists in 1936 and 1945, Roosevelt Democrats in 1932) – and more broadly by overturning the balance of power between labor and capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;During the height of the left-right electoral conflict, roughly from 1910 to 1990, political struggles pitted privileged classes, defined by wealth, income or education, against the working classes. In every country and every election, the former overwhelmingly voted for the right, and the latter for the left. The elites were politically united, and so were the disadvantaged classes, &lt;a href="https://www.unehistoireduconflitpolitique.fr/home.html"&gt;with rural working classes voting almost as strongly for the left as their urban counterparts&lt;/a&gt;. This class-based divide made reducing social inequality the central issue in politics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This class-based system broke apart between the 1980s and 1990s and the 2010s and 2020s. &lt;a href="https://wpid.world/"&gt;In all Western democracies, income and education began to have diverging effects on voting patterns&lt;/a&gt;. At equal levels of education, higher income is associated with a greater likelihood of voting for the right. But at equal income, a higher level of education leads to a greater likelihood of voting for the left. This shift can be explained by several structural factors, beginning with the increasing complexity of social structures: With greater access to education, the same diploma now leads to vastly different incomes, for both chosen and imposed reasons. Another major factor is &lt;a href="https://www.unehistoireduconflitpolitique.fr/home.html"&gt;the dramatic resurgence of territorial divides&lt;/a&gt;, as smaller towns have less access to universities and hospitals than large cities and are more exposed to international competition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;However, the main explanation lies in the political choices made by social-democratic and similar parties, which have gradually abandoned any redistributive ambition. As a result, an increasing share of the most disadvantaged voters, especially the less educated in smaller towns, has turned toward nationalists and abstention. To overcome the current crisis and the artificial clash between elites, the left must reconnect with the egalitarian ambition of the past and unite working-class people from all territories, while accepting that elites will join forces against it. This is the only way to restore the possibility of real political alternatives and to address the erosion of democracy.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>1789, 1945, 2026: trois crises de la dette</title><link>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/04/14/1789-1945-2026-trois-crises-de-la-dette/</link><comments>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/04/14/1789-1945-2026-trois-crises-de-la-dette/#respond</comments><dc:creator>thomaspiketty</dc:creator><pubDate>Tue, 14 Apr 2026 07:55:38 +0000</pubDate><category>en-français</category><category>Non classé</category><guid isPermaLink="false">http://thomaspiketty.wordpress.com/?p=2419</guid><description>Comme de nombreux pays, la France n’en est pas à sa première crise de la dette publique. On peut distinguer trois grands épisodes : 1789, 1945 et 2026. La première leçon de cette longue histoire, c’est qu’il existe plusieurs façons de s’en sortir, y compris en quelques années et avec des dettes plus importantes qu’actuellement. [&amp;#8230;]</description><wfw:commentRss>https://thomaspiketty.wordpress.com/2026/04/14/1789-1945-2026-trois-crises-de-la-dette/feed/</wfw:commentRss><slash:comments>0</slash:comments><post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">2419</post-id><media:content url="https://1.gravatar.com/avatar/7a85125447055f50d25324ffca1035cf4b520315dcb87999a20befa3d1d97189?s=96&amp;d=identicon&amp;r=G" medium="image"><media:title type="html">thomaspikettylemonde</media:title></media:content><content:encoded>&lt;div class="wp-block-group alignfull has-global-padding is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained" style="padding-top:var(--wp--preset--spacing--60);padding-bottom:var(--wp--preset--spacing--60)" morss_own_score="2.5060804490177735" morss_score="10.078346074017773"&gt;&lt;h1&gt;1789, 1945, 2026: trois crises de la dette&lt;/h1&gt;
&lt;time&gt;14 avril 2026&lt;/time&gt;
&lt;div class="entry-content alignfull wp-block-post-content has-global-padding is-layout-constrained wp-block-post-content-is-layout-constrained" morss_own_score="5.14453125" morss_score="46.49373759920635"&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Comme de nombreux pays, la France n’en est pas à sa première crise de la dette publique. On peut distinguer trois grands épisodes : 1789, 1945 et 2026. La première leçon de cette longue histoire, c’est qu’il existe plusieurs façons de s’en sortir, y compris en quelques années et avec des dettes plus importantes qu’actuellement. Mais cela passe toujours par des bouleversements politiques de grande ampleur, à la mesure des intérêts contradictoires en jeu.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Revenons en arrière. La première grande crise de la dette est bien sûr celle qui mène à la Révolution française. Incapable de faire payer des impôts aux classes privilégiées, l’Ancien régime accumule une dette considérable – environ une année de revenu national, un montant proche du niveau actuel, mais dans un contexte où l’économie est faiblement monétisée et où les prélèvements ne dépassent pas quelques pourcents de la production annuelle. &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Louis XVI finit par convoquer les États généraux pour sortir de l’impasse. On connaît la suite: fin des privilèges, mise en place d’une fiscalité universelle touchant toutes les propriétés (impôt foncier et successoral, malheureusement proportionnel et non progressif, malgré les propositions novatrices déjà formulées à l’époque), et surtout nationalisation sans contrepartie des biens ecclésiastiques, qui sont mis aux enchères pour renflouer les caisses. En pratique, les classes nobles et bourgeoises qui détenaient des titres de la dette publique deviennent souvent les nouveaux propriétaires des biens de l’Eglise. Au grand dam des paysans pauvres, qui espéraient que la Révolution leur permettrait enfin d’accéder à la terre et de cesser de travailler pour les autres.   &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde grande crise de la dette a lieu à la suite des guerres mondiales. &lt;a href="https://www.institutavantgarde.fr/nouvelles-series-historiques-de-la-dette-francaise-une-mise-en-perspective-historique/"&gt;En 1920 comme en 1945, la dette publique française dépasse à chaque fois 200% du produit intérieur brut, le plus haut niveau observé à ce jour&lt;/a&gt;. Dans les deux cas, la dette va être réduite à peu de choses en quelques années, avec comme en 1789 une myriade de prélèvements exceptionnels sur les plus fortunés. &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;En 1920, c’est l’une des majorités les plus à droite de l’histoire de la république, le Bloc National, issu des familles politiques qui jusqu’en 1914 refusaient l’impôt sur le revenu à 2%, qui se retrouve à voter un taux de 72% sur les plus riches. Preuve s’il en est qu’il est parfois difficile de prévoir dans l’opposition ce que l’on fera au pouvoir, et que le poids du contexte historique peut conduire à des innovations imprévues. Malheureusement le Sénat – qui sous la 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;  République use et abuse de son droit de veto sur l’ensemble des législations (sur le budget comme sur le vote des femmes) – bloque en 1925 le projet de prélèvement de 10% sur le capital privé adopté par le Cartel des gauches. C’était pourtant la seule façon de régler le problème de la dette sans inflation, qui n’est au fond qu’un impôt injuste et régressif sur les classes moyennes et populaires.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;En 1945, les rapports de force ont changé. La dette dépasse de nouveau 200% du PIB, mais le Sénat a perdu son droit de véto, et l’Assemblée nationale ancrée à gauche adopte sans coup férir un impôt de solidarité nationale (ISN) pesant à un taux de 20% sur les plus hauts patrimoines et montant jusqu’à 100% sur ceux qui ont connu un enrichissement nominal entre 1938 et 1945. L’ISN peut être payé en titres, qui sont alors versés dans les « sociétés d’investissement nationale » (sorte de fonds souverain de l’époque) créées à cet effet. En pratique, l’inflation amoindrit cependant les effets de l’ISN, qui se révèle moins efficace que l’impôt équivalent adopté en Allemagne (avec un taux montant à 50% sur les plus hauts patrimoines) et au Japon (90%).   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Venons-en à 2026. Personne ne sait quand la crise va éclater. Il est possible que les taux d’intérêt réels historiquement très bas dont bénéficient actuellement les pays riches (en partie du fait de l’excès d’épargne mondiale, et en partie du fait d’un système financier qui les favorise) se prolongent un certain temps. Mais il est probable qu’ils finissent par remonter, auquel cas la crise sera brutale. L’idée selon laquelle l’ajustement se fera en ponctionnant tranquillement les classes moyennes et populaires (par l’impôt ou par l’inflation) ou en réduisant les services publics et les prestations sociales auxquels elles ont droit ne résiste pas à l’analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Comme en 1789 et 1945, les gouvernants n’auront d’autre choix que de se tourner vers les plus fortunés, et cela devra se faire avec des taux autrement plus élevés que l’impôt minimal de 2% sur les ultra-riches débattu l’automne dernier, qui en toute logique aurait dû être adopté à l’unanimité. Ceux qui répètent en boucle qu’un prélèvement aussi minuscule serait spoliateur ne font que témoigner de leur refus de tout débat apaisé et rationnel, appuyé sur l’histoire. En déployant autant d’énergie à défendre les intérêts des puissants, ils contribuent à orienter la colère sociale sur les conflits identitaires et les discours anti-migrants et anti-pauvres. Cela ne réglera rien du tout (les milliards ne sont pas de ce côté-là) et ne fera que retarder l’échéance, mais cela peut occuper l’attention politique un certain temps, avec dans l’intervalle des dégâts considérables. Au-delà des jeux de rôles des uns et des autres, la réalité est que nationalistes et libéraux ont partie liée et nous conduisent au pire.   &lt;/p&gt;
&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="10.0"&gt;Concluons sur une note optimiste. La France n’a jamais été aussi riche, en grande partie grâce à l’égalisation des conditions, aux infrastructures collectives et la démocratisation sociale et éducative qui ont eu lieu sur longue période. Les patrimoines privés sont florissants, alors qu’ils étaient exsangues en 1945. Les fondamentaux économiques sont beaucoup plus favorables que lors des crises précédentes. Pour peu que l’on vienne à bout du conservatisme politique ambiant, il est possible de trouver collectivement des solutions justes et efficaces permettant de repartir de l’avant.  &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;/div&gt;
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