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&lt;p&gt;L’article &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/25/le-voyage-du-pape-en-afrique-subsaharienne-leon-xiv-a-la-rencontre-de-lafrique-plurielle/"&gt;Le voyage du pape en Afrique subsaharienne&amp;#160;: Léon XIV à la rencontre de l’Afrique plurielle&lt;/a&gt; est apparu en premier sur &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr"&gt;Le Grand Continent&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
</description><content:encoded>&lt;div class="article-body row lg:flex flex-wrap justify-end article-blocks-layuot text-styled" style=" " morss_own_score="5.90715667311412" morss_score="59.13442940038685"&gt;






&lt;p&gt;Vue d’Europe occidentale, l’Église catholique en Afrique subsaharienne présente des situations similaires, et doit donc être confrontée à des défis identiques. Et il est vrai que c’est sur le continent africain, plus encore qu’en Asie, que se concentre le potentiel de croissance de l’Église catholique.&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;L’Afrique est en effet le seul continent où la croissance annuelle de baptisés catholiques (+3 %) est plus rapide que la croissance naturelle de la population.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ce dynamisme se reflète aussi dans la hausse des vocations sacerdotales (près de 1 500 prêtres ordonnés chaque année en Afrique, quand l’Europe en perd 2000) et religieuses, le continent exportant désormais son clergé en Europe — alors que les besoins locaux restent criants.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les trois pays subsahariens visités par Léon XIV du 18 au 23 avril présentent des différences notables, tant en ce qui concerne le rôle de l’Église dans la société civile que du point de vue des libertés publiques et du rapport avec les pouvoirs institutionnels souvent autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Dans ces trois pays, la voix de l’Église catholique compte, parfois parce que, dans l’aide apportée aux populations, elle supplée des pouvoirs publics défaillants, parfois aussi, parce qu’elle est une des rares institutions à jouir d’une liberté très encadrée.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;




&lt;h3&gt;Au Cameroun, la paix à retrouver dans un pays ravagé par l’extractivisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La population camerounaise compte 38 % de catholiques, ce qui fait du catholicisme la première dénomination religieuse dans ce pays chrétien à 70 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les tensions interreligieuses entre chrétiens et musulmans semblent bien moins prégnantes que dans le Nigéria voisin, dont les provinces du Nord sont ravagées par une guérilla djihadiste, le Cameroun reste la proie de tensions qui ont depuis 2016 dégénéré en une lutte armée entre les populations anglophones minoritaires (20 % de la population) et francophones — un héritage de la colonisation, quand cet ancien territoire allemand fut placé sous mandat franco-britannique des Nations unies dans l’entre-deux-guerres.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Léon XIV est le 3e pape à se rendre au Cameroun, après Jean-Paul II (qui y effectua deux visites pastorales, en 1985 et 1995), et Benoît XVI, en 2009.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Accueilli mercredi 22 dans la capitale Yaoundé, Léon XIV a été reçu au palais présidentiel par le président Paul Biya, 93 ans, doyen des chefs d’État dans le monde et figure très controversée de la Françafrique.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Biya est au pouvoir depuis 1975, alors que d’autres pays d’Afrique francophone, en particulier sahéliens, ont brutalement remis en cause l’influence française en Afrique, au risque de retomber sous le joug néocolonial du Kremlin.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Puis, il s’est rendu à Bamenda, dans le Nord-Ouest du pays, épicentre du mouvement séparatiste anglophone qui revendique l’autonomie de ce territoire sous le nom « d’Ambazonie », mais qui a annoncé un cessez-le-feu unilatéral pour la visite du pape.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C’est ici, aux côtés de leaders religieux de différentes confessions comme de chefs traditionnels (par exemple le roi tribal du Mankon Angwafor IV), que Léon XIV a vigoureusement dénoncé les assassinats et enlèvements contre rançons qui minent la situation sécuritaire, et plaidé la cause de la paix contre les « seigneurs de la guerre » qui « dépouillent la terre« des Camerounais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais chacun a compris qu’après la vive passe d’armes qui l’a, la semaine dernière, &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/13/le-pape-en-algerie-leon-xiv-sur-les-pas-de-saint-augustin-dans-un-monde-en-guerre/"&gt;opposé à Donald Trump et J. D. Vance&lt;/a&gt;, son discours avait une portée qui dépassait très largement la scène régionale.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Sa dénonciation du manque de ressources pour « soigner, éduquer et relever » a été interprétée comme une allusion transparente au démantèlement de l’USAID par Donald Trump.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Pourtant, samedi dernier, Léon XIV a lui-même démenti cette interprétation en refusant qu’on l’érige en principal opposant au président américain.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Enfin, à Douala, capitale économique du pays, puis devant des étudiants de l’Université catholique d’Afrique centrale, le pape a dénoncé les ravages de l’extractivisme des terres rares, stimulé dans le contexte actuel de la ruée vers l’IA. &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le constater, et dans la continuité de la ligne adoptée par le pape François, il serait erroné de ne voir dans les crises protéiformes de l’Afrique que des singularités locales. En réalité, les problèmes mondiaux y sont constamment imbriqués. &lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;En Angola, une paix à consolider&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En Angola, pays dont la population est à 97 % chrétienne, l’Église catholique représente la principale confession, avec 44 % des fidèles, devant les Églises protestantes (34 %). On aurait tort de réduire la présence catholique au seul héritage de la colonisation portugaise, qui l’a néanmoins durablement façonnée jusqu’à la longue guerre de décolonisation (1964-1975).&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Surtout, la société angolaise, très inégalitaire et minée par la corruption, porte les stigmates de la guerre civile qui succéda à l’indépendance, et qui ravagea le pays de 1975 à 2001, en voyant s’opposer le MPLA marxiste à l’UNITA soutenue par les États-Unis, conflit qui a fait entre 500 000 et 800 000 morts ainsi qu’un pays traumatisé, où toutes les structures étaient à reconstruire.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;L’Église a alors pris sa part dans le processus de réconciliation nationale, ce qui lui a permis par le MPLA au pouvoir, de prime abord très antireligieux, de ne pas être considérée comme un simple vestige de la colonisation portugaise, initiée dès la fin du XVe siècle.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Comme dans de nombreux pays du Sud, l’Église catholique angolaise est pourtant concurrencée par les courants évangéliques, « Églises du réveil », qui attirent une part croissante de la population.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Jean-Paul II (en 1992) comme Benoît XVI (en 2009) se sont déjà rendus en Angola, signe de l’importance stratégique de ce pays à l’échelle de la catholicité lusophone.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Accueilli par le président João Lourenço, vétéran de la guerre civile angolaise, Léon XIV a rencontré en privé l’épiscopat local, comme il l’avait fait au Cameroun et en Algérie : il s’agit en effet d’un passage obligé de chaque visite pontificale. Les milieux dirigeants angolais, où le parti MLPA domine sans partage, verraient d’un œil plus favorable une confession institutionnalisée et centralisée que des courants évangéliques touchés par un prophétisme contestataire, par nature imprévisible.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Dimanche, le pape a célébré la messe dans la ville nouvelle de Kilamba, au Nord du pays, avant de se rendre au sanctuaire marial de Muxima, puis, lundi, à Saurimo, ville au centre d’une province minière déshéritée dont l’archevêque, José Manuel Imbamba, préside la Conférence épiscopale angolaise, pour des déplacements aux accents plus pastoraux et caritatifs, avec par exemple la visite d’un hospice pour personnes âgées.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Dans son homélie du dimanche, le pape a à nouveau dénoncé la « corruption » ainsi que les « catastrophes sociales et environnementales ».&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;h3&gt;En Guinée équatoriale, conjurer le risque d’instrumentalisation par un autocrate&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La Guinée équatoriale constitue peut-être le terrain le plus délicat de la tournée africaine du pape. Pourtant, le catholicisme est de loin la religion majoritaire dans ce pays hispanophone (plus de 80 % de la population), quoiqu’il puisse là aussi s’hybrider avec des traditions animistes (10 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tous les États visités par Léon XIV sont des régimes présidentiels à tendance autocratique, la Guinée équatoriale paraît être celui où les traits dictatoriaux sont les plus accentués, parfois jusqu’à la caricature.&lt;/p&gt;




&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, en poste depuis 1979, est en effet le 3e plus ancien chef d’État au monde, et concentre la totalité des pouvoirs.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Tous les postes à responsabilité ont été distribués à son clan familial, qui s’est prodigieusement enrichi grâce à la manne pétrolière.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Le fils aîné du président, Teodorín Obiang, vice-président de son père, a été inculpé pour ses « biens mal acquis » et épinglé pour son train de vie luxueux dans les capitales occidentales (il possède ainsi un hôtel particulier de 5 000 m² à Paris, avenue Foch).&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;La Guinée équatoriale, bien que nominalement riche, figure parmi les pays les plus inégalitaires au monde, au 145e rang mondial pour son indice d’IDH. Plus des deux-tiers (70 %) de la population vit avec moins d’un dollar par jour.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Celle-ci ne jouit d’aucune liberté politique, et le parti présidentiel concentre 99 % des sièges de la chambre des députés, le reste étant dévolu à une opposition contrôlée, les opposants réels ayant quasiment tous fui en Espagne.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Le caractère sulfureux du président de Guinée équatoriale se décèle en creux jusque dans le programme officiel du voyage papal, où l’on lit que Léon XIV bénéficiera de l’accueil du président Obiang « tout comme les précédentes visites » — une marque prudente de distanciation.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Teodoro Obiang avait déjà reçu Jean-Paul II en visite apostolique en 1982.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Les papes récents sont aussi très présents en Guinée équatoriale à travers l’onomastique.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Outre l’ex-capitale, Malabo, située sur l’île de Bioto et remplacée cette année comme siège du pouvoir par une ville nouvelle continentale, Ciudad de La Paz, Léon XIV s’est rendu à Mongomo, à proximité immédiate de la frontière avec le Gabon, et dans la ville portuaire de Bata, endeuillée par une explosion meurtrière en 2021.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;C’est là qu’il a rencontré les 600 prisonniers de la prison de Bata, où il a appelé « l’administration de la justice à toujours miser sur la dignité et les potentialités de chaque personne ».&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>La note qui annonce une nouvelle phase dans la guerre de l’IA</title><link>https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/la-note-qui-annonce-une-nouvelle-phase-dans-la-guerre-de-lia/</link><dc:creator>guillaumer</dc:creator><pubDate>Fri, 24 Apr 2026 16:36:08 +0000</pubDate><category>Puissances de l'IA</category><guid isPermaLink="false">https://legrandcontinent.eu/fr/?p=329620</guid><description>&lt;p&gt;Si le problème de la «&amp;#160;distillation hostile&amp;#160;» vous est inconnu, il est temps d'y remédier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’article &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/la-note-qui-annonce-une-nouvelle-phase-dans-la-guerre-de-lia/"&gt;La note qui annonce une nouvelle phase dans la guerre de l&amp;rsquo;IA&lt;/a&gt; est apparu en premier sur &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr"&gt;Le Grand Continent&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
</description><content:encoded>&lt;div class="speeches row lg:flex flex-wrap justify-center text-styled article-blocks-layuot" morss_own_score="6.0" morss_score="113.5"&gt;
&lt;p&gt;Hier, le 23 avril 2026, Michael Kratsios, directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison-Blanche et principal conseiller scientifique du président Trump, a publié sur X un mémorandum intitulé « Adversarial Distillation of American AI Models », adressé aux chefs des départements et agences fédérales. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte accuse formellement des entités étrangères, « principalement basées en Chine », de mener des campagnes coordonnées de piratage à grande échelle visant les modèles d’intelligence artificielle de pointe américains. Il engage également l’administration à partager des renseignements avec les laboratoires américains et à « explorer des mesures » pour poursuivre les acteurs étrangers responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mémorandum s’inscrit dans une série d’accusations publiques de la part des grands laboratoires états-uniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 février 2026, OpenAI a adressé une lettre formelle à la Commission spéciale de la Chambre des représentants sur la Chine dans laquelle l’entreprise affirme observer « des activités évocatrices de tentatives continues de distillation » par DeepSeek de modèles de frontière états-uniens. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 février 2026, la société Anthropic a publié une analyse détaillée accusant trois laboratoires chinois (DeepSeek, Moonshot AI et MiniMax) d’avoir généré plus de 16 millions d’échanges avec Claude via environ 24 000 comptes frauduleux, en utilisant des services de proxy commerciaux pour contourner les restrictions géographiques. MiniMax représenterait à lui seul plus de 13 millions de ces échanges, axés sur les capacités de codage agentique et l’utilisation d’outils. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le même jour, le Frontier Model Forum a publié une note technique de référence sur la « distillation hostile » (&lt;em&gt;adversarial distillation&lt;/em&gt;), et le Google Threat Intelligence Group a confirmé, dans son rapport de février 2026, avoir observé des attaques d’extraction de modèles sur ses propres modèles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de ce mémorandum, que nous traduisons et commentons, est marquante à un autre titre : elle a lieu environ 12 heures avant le lancement public, le 24 avril 2026, de DeepSeek-V4, un modèle ouvert sous licence Apache 2.0 disposant d’une fenêtre de contexte de 1 million de &lt;em&gt;tokens&lt;/em&gt;, publié simultanément sur Hugging Face et sur l’API officielle du laboratoire. Ses &lt;em&gt;benchmarks&lt;/em&gt; en coding agentique (Codeforces 3206, SWE-Bench Pro 55.4) revendiquent une parité avec les meilleurs modèles fermés. Le mémorandum précède également de trois semaines le sommet Trump-Xi, prévu le 14 mai à Pékin, ce qui lui confère une valeur à la fois diplomatique et technique dans un contexte de possible escalade de la rivalité sino-américaine.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Mémorandum à l’attention des chefs des départements et agences de l’exécutif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De : Michael J. Kratsios &lt;strong&gt;@mkratsios47&lt;/strong&gt;, Assistant du Président pour la science et la technologie, Directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Michael Kratsios&lt;/span&gt; Les États-Unis sont les leaders mondiaux des technologies d’intelligence artificielle (IA). Cette avance est le fruit de décennies de recherche fondamentale, d’une prise de risque entrepreneuriale audacieuse et de centaines de milliards de dollars d’investissements privés annuels. Le leadership américain en matière d’IA stimule la croissance économique, renforce la sécurité nationale et fait progresser les frontières de la science, de la médecine et de la connaissance humaine. Les percées issues de l’industrie américaine élèvent le niveau de vie, élargissent les opportunités et améliorent la vie des gens dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le gouvernement des États-Unis dispose d’informations indiquant que des entités étrangères, principalement basées en Chine, mènent des campagnes délibérées et à échelle industrielle visant à distiller les systèmes d’IA de pointe américains. En s’appuyant sur des dizaines de milliers de comptes proxy pour échapper à la détection et en utilisant des techniques de contournement (jailbreaking) pour exposer des informations propriétaires, ces campagnes coordonnées extraient systématiquement les capacités des modèles d’IA américains, exploitant ainsi l’expertise et l’innovation américaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distillation de connaissances (&lt;em&gt;knowledge distillation&lt;/em&gt;) désigne le transfert des capacités d’un modèle d’IA à la frontière appelé le modèle enseignant (&lt;em&gt;teacher)&lt;/em&gt; vers un modèle distillé ou étudiant (&lt;em&gt;student&lt;/em&gt;). Formalisée en 2015 par Hinton, Vinyals et Dean, cette technique consiste au départ à entraîner le modèle étudiant non pas uniquement sur les bonnes réponses, mais sur la distribution de probabilités produite par le grand modèle, lui permettant d’apprendre non seulement quelle réponse est correcte, mais aussi le degré de confiance associé à chaque option.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deepseek-V4 indique dans son rapport technique utiliser une forme de distillation appelée &lt;em&gt;on-policy&lt;/em&gt;. Plutôt que de faire apprendre le modèle étudiant sur des séquences générées par le modèle enseignant, on laisse l’étudiant produire librement ses propres réponses et on mesure l’écart entre ces réponses et ce qu’aurait dit le modèle enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’idée est simple : à l’inférence, le modèle travaille toujours à partir de ce qu’il a lui-même généré, pas de ce qu’un autre modèle aurait écrit. Il vaut donc mieux qu’il apprenne à se corriger dans les situations qu’il crée lui-même. Dans le cas de distillation des modèles états-uniens fermés, la pratique se rapproche davantage d’un entraînement supervisé classique : le modèle étudiant est entraîné à prédire les sorties textuelles du modèle enseignant, sans accès à la structure de ses préférences ni à ses niveaux de confiance. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands laboratoires d’IA comme OpenAI, Anthropic et Google coopèrent déjà pour limiter notamment le risque de distillation et protéger leur propriété intellectuelle au sein du Frontier Model Forum, un organisme à but non lucratif ayant pour but notamment d’établir des standards défensifs pour la sécurité des modèles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modèles développés à partir de telles campagnes de distillation clandestines et non autorisées ne reproduisent pas l’ensemble des performances de l’original. Ils permettent néanmoins aux acteurs étrangers de mettre sur le marché des produits qui semblent offrir des performances comparables sur certains &lt;em&gt;benchmarks&lt;/em&gt;, à une fraction du coût. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mémorandum affirme que les modèles issus de distillation « ne reproduisent pas l’ensemble des performances de l’original » mais permettent « des performances comparables sur certains &lt;em&gt;benchmarks&lt;/em&gt;, à une fraction du coût ». Cette formulation est prudente car, si la pratique elle-même est désormais documentée avec une solidité remarquable — Anthropic a retracé des comptes jusqu’à des chercheurs identifiables chez DeepSeek, avec des &lt;em&gt;request metadata&lt;/em&gt; correspondant à leurs profils publics — quantifier la contribution causale de la distillation aux performances des modèles chinois reste un exercice difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rhétorique états-unienne s’appuie sur l’exposition des méthodes (24 000 comptes proxy, 16M d’échanges) plutôt que sur une décomposition de l’écart de performance. Or, les nouveaux paradigmes de &lt;em&gt;post-training&lt;/em&gt; — RL à grande échelle, &lt;em&gt;test-time scaling &lt;/em&gt;— rendent cette décomposition encore plus complexe : un modèle peut bénéficier d’un &lt;em&gt;cold start&lt;/em&gt; distillé puis voir son comportement façonné majoritairement par du RL sur des environnements propres, ce qui dilue mécaniquement la « signature » du modèle professeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DeepSeek-V4, publié quelques heures après le mémo, revendique précisément des percées architecturales (&lt;em&gt;compressed sparse attention&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;muon optimizer&lt;/em&gt;, 32T &lt;em&gt;tokens&lt;/em&gt; de pré-entraînement en FP4/FP8 mixte) qui ne se réduisent pas à du mimétisme, même si la question de savoir si certaines capacités agentiques trouvent leur origine amont dans des sorties Claude ou GPT reste ouverte et probablement indémontrable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces campagnes de distillation permettent également à ces acteurs de retirer délibérément les protocoles de sécurité des modèles ainsi obtenus et de défaire les mécanismes garantissant que ces modèles d’IA restent idéologiquement neutres et attachés à la recherche de la vérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mémorandum mentionne explicitement que les distillations hostiles « retirent les protocoles de sécurité » et défont les mécanismes de neutralité idéologique. Ce cadrage &lt;em&gt;safety&lt;/em&gt; rejoint publiquement la position de Dario Amodei, CEO d’Anthropic, qui a déclaré au &lt;em&gt;Financial Times&lt;/em&gt; le 20 avril 2026 que les laboratoires chinois et open source sont « à six à douze mois derrière Claude Mythos » — estimation frappante par son caractère borné : elle suggère que le rattrapage est une certitude à horizon d’un an, pas une éventualité à contenir indéfiniment. Amodei a par ailleurs déclaré qu’il « ne voit rien ralentir » les capacités de Mythos, tout en alertant sur des risques biosécuritaires d’ampleur comparable pouvant émerger dans le même intervalle. Cette position est convergente avec la reconnaissance, dans la communauté technique chinoise elle-même et dans le rapport technique de DeepSeek-V4, d’un écart estimé à environ six à sept mois avec les modèles américains — doublée d’une crainte que cet écart se creuse si l’accès aux chips de pointe reste contraint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme l’a souligné Clément Delangue, l’argument implicite du mémorandum selon lequel les APIs fermées offriraient une barrière de sécurité supérieure aux modèles ouverts est fragile : si des laboratoires cliniquement identifiés peuvent exfiltrer 16 millions d’échanges via des dizaines de milliers de comptes proxy malgré une politique explicite de non-accès commercial à la Chine, la capacité de ces mêmes APIs à bloquer des acteurs étatiques hostiles, des biohackers ou des groupes criminels beaucoup plus sophistiqués sur des usages à risque réel est structurellement douteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mémorandum identifie donc un problème réel — la captation asymétrique de la R&amp;amp;D états-unienne — sans trancher la question plus large de savoir si la fermeture est une stratégie de &lt;em&gt;safety&lt;/em&gt; robuste, ou simplement une stratégie de monétisation qui a échoué à contenir ce qu’elle promettait de contenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les États-Unis sont attachés au développement libre et équitable des technologies d’IA au sein d’un écosystème compétitif, allant des modèles de pointe aux systèmes appliqués hautement optimisés, et des &lt;em&gt;frameworks&lt;/em&gt; open source aux modèles à poids ouverts (&lt;em&gt;open-weight&lt;/em&gt;). La distillation d’IA, lorsqu’elle est utilisée de manière légitime pour produire des modèles plus petits et plus légers à partir de systèmes plus avancés, constitue une composante essentielle de cet écosystème. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mémorandum distingue soigneusement la distillation « légitime » de la distillation « hostile », et réaffirme l’engagement américain envers « un écosystème compétitif […] dynamique ». Cette précaution rhétorique reflète une réalité économique difficile à ignorer : une part substantielle de l’écosystème applicatif états-unien construit déjà sa valeur au-dessus de modèles ouverts chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Airbnb a publiquement confirmé en octobre 2025 qu’il « s’appuie beaucoup » sur Qwen d’Alibaba pour son agent de service client, Brian Chesky précisant que les modèles d’OpenAI étaient « plus rarement utilisés en production parce qu’il existe des modèles plus rapides et moins chers ». Cursor, valorisée 29,3 milliards de dollars, a reconnu en mars 2026 avoir construit son modèle de coding Composer 2 sur Kimi K2.5 de Moonshot révélation qui a conduit Clément Delangue, CEO de Hugging Face, à commenter que « l’open source chinois est désormais la force principale qui façonne la stack technique mondiale de l’IA ». Alibaba recense à elle seule plus de 170 000 modèles dérivés de Qwen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, un durcissement qui reviendrait de facto à bannir ou entraver l’usage des poids ouverts chinois — option que le mémo se garde d’évoquer explicitement mais que plusieurs commentateurs anticipent — augmenterait mécaniquement la dépendance de l’économie états-unienne aux laboratoires fermés, dégradant la différenciation concurrentielle d’une couche entière de startups et posant un problème similaire pour la recherche académique, grande consommatrice de modèles Qwen et DeepSeek pour leur reproductibilité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, les activités de distillation à l’échelle industrielle qui visent à saper systématiquement la recherche et le développement américains et à accéder à des informations propriétaires sont inacceptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire face à cette menace, l’administration Trump :&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;Partagera avec les entreprises américaines d’IA des informations concernant les tentatives d’acteurs étrangers de mener des distillations non autorisées à l’échelle industrielle, y compris les tactiques employées et les acteurs impliqués.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Permettra au secteur privé de mieux se coordonner contre de telles attaques.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Travaillera conjointement avec l’industrie privée pour élaborer des bonnes pratiques afin d’identifier, d’atténuer et de remédier aux activités de distillation à l’échelle industrielle, et pour bâtir de solides défenses contre ces activités.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Explorera un éventail de mesures visant à tenir les acteurs étrangers responsables des campagnes de distillation à l’échelle industrielle.&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Les quatre mesures annoncées dans le mémorandum frappent surtout par leur prudence et leur caractère essentiellement défensif — ce qui contraste avec la rhétorique d’accusation qui les précède. Elles consistent à 1. partager du renseignement avec les entreprises d’IA états-uniennes , 2. faciliter la coordination du secteur privé, 3. développer avec l’industrie des bonnes pratiques de détection et de mitigation, et 4. « explorer » des mesures pour tenir les acteurs étrangers responsables. Aucun levier concret (sanction, restriction d’exportation additionnelle, poursuite judiciaire, interdiction de modèles) n’est nommé. Aucune mention n’est faite d’une restriction de l’usage de modèles ouverts chinois sur le  territoire des États-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’y a rien d’innovant dans le fait d’extraire et de copier systématiquement les innovations de l’industrie américaine, et il n’y a rien d’ouvert dans de prétendus modèles ouverts qui sont issus d’actes d’exploitation malveillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À mesure que les méthodes permettant de détecter et d’atténuer la distillation à l’échelle industrielle deviennent plus sophistiquées, les entités étrangères qui bâtissent leurs capacités d’IA sur des fondations aussi fragiles ne devraient avoir que peu confiance dans l’intégrité et la fiabilité des modèles qu’elles produisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conformément au Plan d’action américain pour l’IA (America’s AI Action Plan), les États-Unis continueront de favoriser un écosystème open-source dynamique bâti sur des fondations solides, de soutenir l’industrie américaine dans sa démarche visant à rendre l’IA de pointe largement accessible aux utilisateurs du monde entier, et de préserver la concurrence libre et équitable sur le marché qui permet la diffusion large et bénéfique de ces technologies.&lt;/p&gt;

&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>La politique erratique de Trump envers la Chine est-elle de plus en plus agressive ?</title><link>https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/la-politique-erratique-de-trump-envers-la-chine-est-elle-de-plus-en-plus-agressive/</link><dc:creator>Marin Saillofest</dc:creator><pubDate>Fri, 24 Apr 2026 16:29:56 +0000</pubDate><category>Politique</category><guid isPermaLink="false">https://legrandcontinent.eu/fr/?p=329588</guid><description>&lt;p&gt;Alors que Donald Trump doit rencontrer Xi Jinping en Chine les 14 et 15 mai, l’administration républicaine a multiplié ces dernières semaines les politiques et déclarations pouvant être perçues comme agressives par Pékin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’article &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/la-politique-erratique-de-trump-envers-la-chine-est-elle-de-plus-en-plus-agressive/"&gt;La politique erratique de Trump envers la Chine est-elle de plus en plus agressive&amp;#160;?&lt;/a&gt; est apparu en premier sur &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr"&gt;Le Grand Continent&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
</description><content:encoded>&lt;div class="article-body row lg:flex flex-wrap justify-end article-blocks-layuot text-styled" style=" " morss_own_score="5.306176084099869" morss_score="32.025818941242726"&gt;






&lt;p&gt;Trump a lancé la politique chinoise de son second mandat par une offensive commerciale sans précédent, en portant les droits de douane sur les produits en provenance du pays à 145 %. Ces taux ont depuis été considérablement réduits, notamment en raison du recours de la Chine aux restrictions d’exportation de terres rares comme levier de négociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, plusieurs incohérences rendent l’action de Washington peu lisible.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;À titre d’exemple, en matière de semi-conducteurs, Trump a publiquement approuvé la vente de puces Nvidia H200 à la Chine &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/la-politique-erratique-de-trump-envers-la-chine-est-elle-de-plus-en-plus-agressive/#easy-footnote-bottom-1-329588" title='Alexandra Alper, &amp;lt;a href="https://www.reuters.com/world/asia-pacific/nvidia-has-not-yet-sold-its-h200-ai-chips-china-lutnick-says-2026-04-22/"&amp;gt;Nvidia has not yet sold its H200 AI chips to China&amp;lt;/a&amp;gt;, Lutnick says, &amp;lt;em&amp;gt;Reuters&amp;lt;/em&amp;gt;, 22 avril 2026.'&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;, alors que son administration les considérait comme une menace pour la sécurité nationale lorsqu’elles étaient introduites clandestinement dans le pays.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Le Pentagone a inscrit plusieurs entreprises technologiques chinoises sur une liste noire pour leur coopération avec l’Armée populaire de libération, avant de retirer cette liste sans explication.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Dans le même temps, l’administration a augmenté la pression sur le Panama afin d’évincer un opérateur portuaire hongkongais &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/la-politique-erratique-de-trump-envers-la-chine-est-elle-de-plus-en-plus-agressive/#easy-footnote-bottom-2-329588" title='&amp;lt;a href="https://www.theguardian.com/world/2026/jan/30/court-ends-hong-kong-china-panama-canal-contracts"&amp;gt;Panama supreme court cancels Hong Kong company’s canal contracts&amp;lt;/a&amp;gt;, &amp;lt;em&amp;gt;The Guardian&amp;lt;/em&amp;gt;, 30 janvier 2026.'&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Alors que le narratif visant à présenter Taïwan comme une vulnérabilité (le secrétaire au Trésor a déclaré que la concentration de la production de puces à Taïwan constituait un point de faiblesse pour l’économie mondiale) gagne du terrain au sein de l’administration, Trump a approuvé, en décembre 2025, des ventes d’armes à Taïwan pour un montant de 11 milliards de dollars et un deuxième paquet est actuellement à l’étude. &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces dernières semaines, plusieurs mesures pourraient être perçues comme visant spécifiquement Pékin.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;En imposant un blocus aux navires transportant du pétrole iranien, la Maison-Blanche cherche à accroître le coût de la guerre pour l’Iran, mais aussi pour la Chine, qui dépend du détroit d’Ormuz pour près de 45 % de ses approvisionnements en pétrole.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Le 23 avril, la marine américaine a arraisonné dans l’Océan Indien un pétrolier iranien transportant du brut destiné à la Chine.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;




&lt;p&gt;Washington renforce aussi sa présence en Asie-Pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Du 20 avril au 8 mai, plusieurs milliers de soldats américains prennent part à l’exercice Balikatan, co-organisé par les Philippines avec les États-Unis. Pékin a dénoncé une tentative visant à « perturber la sécurité régionale », et &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/21/la-chine-instrumentalise-la-crise-energetique-pour-faire-pression-sur-les-philippines/"&gt;menacé&lt;/a&gt; de suspendre « l’aide » énergétique aux Philippines.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;




&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;La semaine dernière, le Pentagone a signé un partenariat majeur de coopération en matière de défense avec l’Indonésie.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;L’accord, qui porte sur les systèmes maritimes, sous-marins et autonomes, pourrait conduire des avions américains à patrouiller au-dessus du détroit de Malacca et d’autres routes maritimes en mer de Chine du Sud.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ce détroit est l’un des principaux goulets d’étranglement du commerce maritime mondial. Il est particulièrement clef pour Pékin, dont les trois-quarts des approvisionnements maritimes en brut y transitent chaque année. &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;




&lt;p&gt;Hier, jeudi 23, le principal conseiller technologique de Trump, Michael Kratsios, a accusé des « entités chinoises » de mener des campagnes visant à « distiller » — soit à voler — les capacités américaines dans le domaine de l’intelligence artificielle &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/la-politique-erratique-de-trump-envers-la-chine-est-elle-de-plus-en-plus-agressive/#easy-footnote-bottom-3-329588" title='&amp;lt;a href="https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2026/04/NSTM-4.pdf"&amp;gt;MEMORANDUM FOR THE HEADS OF EXECUTIVE DEPARTMENTS AND AGENCIES&amp;lt;/a&amp;gt;, Maison-Blanche, 23 avril 2026.'&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Pékin a annoncé aujourd’hui prévoir de soumettre tout investissement américain dans ses entreprises technologiques à un accord préalable du gouvernement &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/la-politique-erratique-de-trump-envers-la-chine-est-elle-de-plus-en-plus-agressive/#easy-footnote-bottom-4-329588" title='«&amp;amp;#160;&amp;lt;a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-24/china-to-curb-us-investment-in-tech-companies-after-meta-deal"&amp;gt;China to Curb US Investment in Tech Companies After Meta Deal&amp;lt;/a&amp;gt;&amp;amp;#160;», &amp;lt;em&amp;gt;Bloomberg&amp;lt;/em&amp;gt;, 24 avril 2026.'&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Cette mesure, qui fait suite au rachat fin décembre de la start-up d’IA chinoise Manus par Meta, vise à limiter les risques de fuites technologiques vers l’étranger — notamment les États-Unis.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Washington avait limité l’an dernier les investissements américains dans des entreprises chinoises par crainte de contribuer au développement technologique de Pékin, notamment dans le domaine de l’IA.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces évolutions interviennent en amont d’une visite particulièrement attendue de Trump en Chine, les 14 et 15 mai, lors de laquelle l’administration espère obtenir des concessions économiques. Ces dernières annonces et mesures pourraient être perçues à Washington comme un moyen de pression avant le voyage, alors que, pour le moment, Pékin — qui a dépassé les États-Unis dans les taux d’approbation à l’échelle mondiale en 2025 — semble en position de force.&lt;/p&gt;
&lt;h5&gt;Sources&lt;/h5&gt;&lt;ol&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://www.reuters.com/world/asia-pacific/nvidia-has-not-yet-sold-its-h200-ai-chips-china-lutnick-says-2026-04-22/"&gt;Nvidia has not yet sold its H200 AI chips to China&lt;/a&gt;, Lutnick says, &lt;em&gt;Reuters&lt;/em&gt;, 22 avril 2026.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://www.theguardian.com/world/2026/jan/30/court-ends-hong-kong-china-panama-canal-contracts"&gt;Panama supreme court cancels Hong Kong company’s canal contracts&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;The Guardian&lt;/em&gt;, 30 janvier 2026.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2026/04/NSTM-4.pdf"&gt;MEMORANDUM FOR THE HEADS OF EXECUTIVE DEPARTMENTS AND AGENCIES&lt;/a&gt;, Maison-Blanche, 23 avril 2026.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-24/china-to-curb-us-investment-in-tech-companies-after-meta-deal"&gt;China to Curb US Investment in Tech Companies After Meta Deal&lt;/a&gt; », &lt;em&gt;Bloomberg&lt;/em&gt;, 24 avril 2026.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt; 
&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>La crise permanente de Schengen</title><link>https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/crise-permanente-de-schengen/</link><dc:creator>Ramona Bloj</dc:creator><pubDate>Fri, 24 Apr 2026 15:11:42 +0000</pubDate><category>Droit</category><guid isPermaLink="false">https://legrandcontinent.eu/fr/?p=329214</guid><description>&lt;p&gt;La circulation européenne ne tient qu’à un fil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’article &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/crise-permanente-de-schengen/"&gt;La crise permanente de Schengen&lt;/a&gt; est apparu en premier sur &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr"&gt;Le Grand Continent&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
</description><content:encoded>&lt;div class="article-body row lg:flex flex-wrap justify-end article-blocks-layuot text-styled" style=" " morss_own_score="5.640605296343001" morss_score="203.54060529634302"&gt;






&lt;p&gt;Schengen est en crise. C’est désormais un refrain familier. Et c’est vrai : les contrôles aux frontières sont de retour en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de cette crise sont diverses. Elles vont des guerres en cours en Ukraine et au Moyen-Orient, à la pression migratoire et au risque d’infiltration terroriste. L’Autriche invoque ainsi la « pression exercée sur le système d’accueil des demandeurs d’asile et les services de base ». L’Italie pointe du doigt les « réseaux criminels de contrebande et de trafic ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schengen symbolisait autrefois l’internationalisme libéral, un jalon de l’unité européenne construite après la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui, il est le symbole de la crise migratoire en Europe. Celle-ci entraîne un rejet de la mondialisation, la montée de l’illibéralisme et l’effondrement de l’ordre international fondé sur les règles. Dans les cercles européens et internationaux, il n’est question que de la fin de cette ère que définissaient les règles et les Traités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schengen est bien un exemple de cet ordre. Son émergence était inconcevable en dehors d’un tel cadre. De même, les défis auxquels il est confronté font partie intégrante de la destruction de l’infrastructure économique, politique et juridique qui a défini l’après-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schengen reste l’une des politiques européennes les plus populaires parmi les personnes qui en bénéficient. Alors, qu’est-ce que Schengen, d’où vient-il et quel est son héritage ?&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;L’Europe inachevée du Traité de Rome&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’Accord de Schengen &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/crise-permanente-de-schengen/#easy-footnote-bottom-1-329214" title="Dans mon livre &amp;lt;em&amp;gt;Europe without Borders&amp;amp;#160;: A History. Princeton&amp;amp;#160;: Princeton University Press, 2025&amp;lt;/em&amp;gt;, je retrace les origines du système Schengen, depuis les réflexions sur la paix proposées par les grandes figures du romantisme et les philosophes des Lumières à nos jours, en passant par le cosmopolitisme européen qui a émergé dans l’entre-deux-guerres. Pour la période contemporaine, j’ai tiré profit d’archives récemment ouvertes pour retracer l’élaboration du Traité dans les années 1980 et sa mise en œuvre dans la décennie qui a suivi."&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt; a été adopté en juin 1985 par cinq pays : la France, l’Allemagne de l’Ouest et les États du Benelux &lt;a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/24/crise-permanente-de-schengen/#easy-footnote-bottom-2-329214" title="L’Accord de Schengen tire son nom du village situé au tripoint entre le Luxembourg, la France et l’Allemagne où il a été signé. Cinq ans plus tard, c’est dans ce même lieu que la convention d’application a été approuvée."&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;. En le signant, les délégués de ces pays ont exprimé leurs aspirations à l’intégration économique et à la solidarité civique. La fin de la Guerre froide, la réalisation du marché intérieur, la peur croissante du terrorisme mondial et la genèse de la « forteresse Europe » ont tous contribué à son émergence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schengen a marqué l’avènement d’un nouveau principe de libre circulation, qui dépassait la logique du marché. L’accord parle de « personnes » libres de franchir les frontières nationales — là où le Traité de Rome n’accordait, pour sa part, cette mobilité qu’aux « travailleurs ». Pour la première fois, il est reconnu aux personnes en général, et non plus seulement aux acteurs économiques d’un marché commun, la liberté de franchir les frontières.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La déclaration d’intention faite lors de la cérémonie de signature, en 1985, le dit sans détours : Schengen était « un pas en avant sur la voie tracée par les Traités de Rome, en ce qui concerne la circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services — un ensemble de mesures bénéficiant directement aux ressortissants des Communautés européennes […] nous rapprochant de ce qu’il convient d’appeler ‘l’Europe des citoyens’ ».&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La libre circulation en procès : deux affaires qui ont défini Schengen&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux cas permettent de comprendre comment le droit a marqué Schengen et comment Schengen a marqué le droit. Tous deux concernent des femmes qui tentaient de se déplacer en Europe — l’une française, l’autre sénégalaise. &lt;/p&gt;
&lt;figure&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Schengen a marqué l’avènement d’un nouveau principe de libre circulation, qui dépassait la logique du marché.&lt;/p&gt;&lt;cite&gt;Isaac Stanley-Becker&lt;/cite&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Du tribunal de Liège à la Cour européenne de justice : l’extension de la libre circulation&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Françoise Gravier était une Française aspirant à devenir dessinatrice de bandes dessinées. En 1982, elle s’est rendue en Belgique pour commencer des études artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation à la bande dessinée que Françoise Gravier désirait suivre était gratuite, du moins pour les Belges : les étrangers devaient s’acquitter de frais de scolarité, appelés « minerval », d’environ 24 000 francs belges. Lorsque Françoise Gravier a demandé à en être exemptée, l’Académie s’y est opposée et lui a refusé l’inscription, estimant qu’elle ne remplissait pas les conditions requises pour bénéficier d’une dérogation en vertu de la législation belge. La ville de Liège s’est ensuite appuyée sur ce refus pour révoquer son permis de séjour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les documents judiciaires ne révèlent que peu d’informations sur Françoise Gravier, si ce n’est qu’elle était citoyenne française, fille de parents français et célibataire. Longtemps après la fin du litige, réfléchissant à son cas, elle a décrit son parcours, depuis son enfance à Aix-en-Provence jusqu’à l’Académie de Liège, puis à la Cour européenne de justice. Elle s’était toujours intéressée à l’art ; son père, qui était peintre, l’emmenait dans les musées. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1981, elle s’est lancée dans le dessin et s’est installée à Paris. C’est une histoire d’amour qui l’a conduite à Liège. &lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Les barrières discriminatoires aux échanges intra-européens&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Mais Françoise Gravier avait aussi une conscience aiguë de ses droits, notamment de son droit à l’égalité de Traitément devant la loi et, surtout, de son droit à la libre circulation. Elle m’a confié que le fardeau que représentait le minerval était « énorme » et la laissait « complètement abasourdie ». Après le refus de son inscription, ses contacts dans le mouvement syndical belge l’ont mise en relation avec un avocat qui cherchait un cas type pour contester les règles nationales discriminatoires devant un tribunal européen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À ce moment-là, l’objectif de Françoise était simplement de poursuivre ses études et d’éviter le minerval. Elle ne se rendait guère compte que l’issue de son affaire aurait une importance pour d’autres étudiants, pour la souveraineté de la Belgique ou la jurisprudence européenne : « Je ne me suis pas dit : ‘Je vais attaquer l’État belge.’ » &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a porté son affaire devant un tribunal local, contestant une taxe imposée uniquement aux étrangers, affirmant qu’elle ne devrait pas avoir à payer un minerval qui n’est pas exigé des étudiants belges, ni se voir refuser la liberté de rester à Liège. Elle a fait valoir que cette charge violait l’article 7 du Traité de Rome interdisant les discriminations exercées en raison de la nationalité, constituait une discrimination fondée sur la nationalité et portait atteinte à sa liberté de circulation pour poursuivre ses études artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le litige portait sur l’interprétation du Traité de Rome, le Tribunal belge a renvoyé l’affaire devant la Cour de justice européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En février 1985, la Cour a rendu une décision dans l’affaire Gravier c. Ville de Liège. La décision était concise, courant sur moins d’une douzaine de pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour a estimé que l’étude de l’art de la bande dessinée relevait du champ d’application du Traité de Rome. Elle a jugé que le minerval était discriminatoire sur la base de la nationalité et que les cours que suivait Françoise pouvaient être qualifiés de formation professionnelle, une activité économique impliquant un droit à la libre circulation. Alors que, selon la déclaration de la Cour « l’accès à la formation professionnelle est particulièrement susceptible de favoriser la libre circulation des personnes dans toute la Communauté », ces libertés favorisaient le commerce, « contribuant au développement harmonieux tant des économies nationales que du marché commun ».&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Gravier c. Liège : une interprétation étroite de la libre circulation au sein de l’Union&lt;/strong&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;L’affaire Gravier portait sur la signification du principe de libre circulation introduit dans le Traité de Rome. Les termes de la décision rendue par la Cour européenne de justice allaient à l’encontre de la vision d’une « Europe des citoyens » proclamée par les dirigeants européens, dans laquelle la mobilité constituerait un droit fondamental de l’appartenance européenne, indépendamment des intérêts commerciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En créant la Communauté économique européenne et en prévoyant un marché européen commun, le Traité de Rome définissait en effet la libre circulation comme faisant partie de la vie économique. La liberté de franchir les frontières au sein de la Communauté européenne dépendait de l’activité économique, c’est-à-dire de l’exercice d’une activité lucrative ou commerciale. Le Traité conférait à la Communauté européenne le pouvoir de garantir le libre passage des marchandises et des capitaux, comme la « libre circulation des travailleurs ». &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La décision rendue dans l’affaire Gravier a explicité les limites de cette garantie. Tout en interprétant de manière restrictive le droit à la libre circulation, en le restreignant aux travailleurs, elle a interprété de manière large l’activité économique, pour y adjoindre notamment l’enseignement artistique. Ainsi, l’affaire Gravier a donné force de loi à l’association de la libre circulation avec un marché européen en pleine expansion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette décision, prononcée alors que les négociations sur les propositions du Conseil européen en matière de libre circulation étaient en cours, fut l’un des premiers jalons pour reformuler le débat. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schengen allait devoir dépasser ce paradigme du marché de la libre circulation, en instaurant une garantie plus large pour les personnes en tant que personnes, et non en tant qu’acteurs économiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle était l’innovation clef de Schengen : être l’incarnation territoriale de l’Europe des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;L’Affaire Cissé : faire respecter les droits humains en Europe&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Schengen n’a reconnu « en tant que personnes » que les Européens. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madjiguène Cissé, l’autre personnage de notre histoire contemporaine des frontières en Europe, s’est opposé à cette exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madjiguène Cissé était une immigrante sénégalaise, porte-parole d’un mouvement de résidents sans papiers en France. Ceux-ci refusaient d’être considérés comme des étrangers au sein de l’espace Schengen, revendiquant la libre circulation comme un droit qui n’est lié ni à la citoyenneté ni au marché — en somme, un droit humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sans-papiers ne dirigeaient pas leur protestation uniquement contre les règles du système Schengen, mais celui-ci était leur terrain d’action, en tant que principe de l’intégration européenne et symbole du couple liberté / exclusion. En occupant une église parisienne, à l’été 1996, ils ont notamment contesté un ensemble de codes répressifs en matière d’immigration adoptés par la France pour compenser la suppression des frontières intérieures prévue par Schengen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au début des années 1990, la législation française visait à atteindre une « immigration zéro », notamment en restreignant la naturalisation et en accélérant les expulsions. Alors que la création de Schengen alimentait un virage nativiste, les sans-papiers sont sortis de l’ombre de l’illégalité pour chercher à être reconnus, dans une quête qui concernait non seulement l’obtention de papiers, mais aussi le droit à la libre circulation.&lt;/p&gt;
&lt;figure&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Telle était l’innovation clef de Schengen : être l’incarnation territoriale de l’Europe des citoyens.&lt;/p&gt;&lt;cite&gt;Isaac Stanley-Becker&lt;/cite&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Madjiguène Cissé l’a exprimé simplement : « Tout être humain a le droit de migrer, de circuler, de recevoir et d’être reçu. » Sa participation à l’occupation a eu des répercussions juridiques surprenantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après avoir enfoncé la porte de l’église et dispersé le campement, la police parisienne a arrêté Madjiguène Cissé et d’autres occupants. Devant le tribunal, celle-ci a été accusée d’être sans-papiers : le jour de l’évacuation de l’église, le 23 août 1996, elle se trouvait en France sans permis de séjour et avait pénétré illégalement sur le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1998, l’affaire Cissé a été portée devant la Cour européenne des droits de l’Homme. À cette date, ses recours avaient été rejetés par la justice française : une cour d’appel avait confirmé sa condamnation, ajoutant une mesure d’éloignement du territoire français pendant trois ans. Une juridiction supérieure avait également refusé de réexaminer la décision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appartenait ainsi à la Cour européenne de déterminer l’équilibre entre les droits de l’homme protégés par les conventions internationales et le pouvoir d’une nation souveraine d’assurer l’ordre sur son territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant cette Cour, Madjiguène Cissé a fondé son argumentation sur le droit à la liberté de réunion. Le gouvernement français a fait valoir que le raid sur l’église était justifié, mais il est allé plus loin, affirmant qu’un immigrant illégal n’avait pas droit à la liberté de réunion en raison de son statut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, la Cour européenne des droits de l’homme a statué sur l’affaire Cissé c. France en rendant un jugement équilibré. Elle a estimé que les circonstances de l’occupation de l’église justifiaient l’intervention musclée du gouvernement, ce qui signifie que la France n’avait pas violé les droits humains de Madame Cissé. Mais elle a rejeté l’argument de la France selon lequel le statut illégal de Madjiguène Cissé la plaçait hors du champ d’application des droits exécutoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour a affirmé que les non-Européens avaient droit à la protection prévue par la Convention européenne et que, dans ce cas, même les immigrants illégaux avaient le droit de se réunir librement — ce qui signifie qu’un sans-papiers pouvait, en principe, revendiquer la liberté d’association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l’affaire Cissé c. France, la Cour européenne des droits de l’homme a confirmé le droit à la liberté de réunion en vertu de l’article 11 de la Convention des droits de l’homme, même pour un migrant sans papiers. Elle a rejeté l’idée selon laquelle le statut d’« immigrant illégal suffisait à justifier une violation de son droit à la liberté de réunion ». Le droit à la liberté de réunion ne pouvait pas non plus être perdu par un acte de désobéissance civile, à savoir « une manifestation pacifique contre une législation qui a été enfreinte » : aucune de ces circonstances ne « constituait un objectif légitime pour une restriction de la liberté ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation des sans-papiers fait donc partie de l’histoire de Schengen, en tant que tentative de s’opposer à l’animosité envers les non-Européens, suscitée par l’ouverture des frontières. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la création d’un territoire transnational de libre circulation est née une protestation transnationale contre la restriction de la liberté de circulation. &lt;/p&gt;
&lt;figure&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Ce qui distingue Françoise Gravier et Madjiguène Cissé est leur nationalité. Ce qui relie est la quête de se déplacer et de se rassembler en Europe.&lt;/p&gt;&lt;cite&gt;Isaac Stanley-Becker&lt;/cite&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Comment les sans-papiers ont aidé les manifestants de Maïdan&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le jugement de l’affaire Cissé c. France — selon lequel les circonstances d’illégalité ne justifient pas, à elles seules, une atteinte à la liberté de réunion — a fait de celle-ci un jalon dans la jurisprudence européenne en matière de droits humains. Il est devenu un précédent dans les affaires défendant le droit à la liberté de réunion dans différents pays d’Europe, qu’il s’agisse des revendications du défunt dissident Alexeï Navalny en Russie, des squatteurs aux Pays-Bas ou des manifestants politiques en Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, la Cour européenne des droits de l’Homme a également invoqué ce jugement dans le cadre d’un litige impliquant un pays extérieur à Schengen, mais désirant se rapprocher de l’Union : l’Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du soulèvement de Maïdan, des milliers d’Ukrainiens se sont rassemblés sur la place centrale de Kiev pour défendre le rapprochement de leur pays avec l’Union. De l’automne 2013 à l’hiver 2014, les manifestants s’y sont retrouvés pour s’opposer au régime autoritaire de Viktor Ianoukovitch et à son report de l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union — installant des tentes, occupant des bâtiments gouvernementaux et érigeant des barricades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 février 2014, la police a évacué la place à coups de matraques, de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes et d’armes à feu. Une centaine de manifestants ont trouvé la mort, un millier ont été blessés et un grand nombre ont été arrêtés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 2014, le régime pro-russe de l’Ukraine s’était effondré. Le Maïdan a donc été le post-scriptum de la désintégration du bloc soviétique, mais aussi le prélude à un conflit plus profond avec la Russie, au sujet de l’orientation de l’Ukraine vers l’Occident. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les manifestations du Maïdan ont été portées devant la Cour européenne des droits de l’Homme, ce n’est pourtant pas la géopolitique qui a joué le premier rôle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que signataire de la convention, l’Ukraine relevait de la compétence de la Cour des droits de l’homme. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l’affaire Shmorgunov et autres c. Ukraine, les plaignants ont ainsi allégué que la répression des manifestations violait les garanties de la Convention européenne des droits de l’Homme, à savoir l’interdiction de la torture et de la détention injustifiée, ainsi que le droit à la liberté de réunion. Ils ont également fait valoir que la liberté de se réunir pour manifester pacifiquement était un droit fondamental dans une société démocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour européenne des droits de l’Homme a estimé que les raids policiers brutaux, les arrestations et les détentions étaient injustifiés au regard des manifestations. Elle a jugé que le gouvernement ukrainien avait violé le droit des manifestants à la liberté de réunion, s’appuyant sur l’affaire Cissé c. France pour conclure qu’« une situation illégale, telle que l’organisation d’une manifestation sans autorisation préalable, ne justifie pas nécessairement une ingérence dans le droit d’une personne à la liberté de réunion ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Maïdan, une doctrine forgée dans le creuset des manifestations menées par des personnes vivant en Europe, mais exclues de ses garanties, est ainsi venue justifier les manifestations menées par des personnes vivant en dehors des frontières de l’Europe et cherchant à bénéficier de ses garanties. Telle fut l’ironie du sort de la revendication infructueuse de Madjiguène Cissé. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue Françoise Gravier et Madjiguène Cissé est leur nationalité. Ce qui relie est la quête de se déplacer et de se rassembler en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que montrent les manifestants du Maïdan, qui ont su s’appuyer, par plusieurs jalons, sur ces deux affaires, c’est que l’appartenance européenne peut être malléable. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en cours nous le montre : revendiquée devant les tribunaux, cette appartenance peut l’être aussi sur les champs de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;h5&gt;Sources&lt;/h5&gt;&lt;ol&gt;&lt;li&gt;&lt;em&gt;Europe without Borders : A History. Princeton : Princeton University Press, 2025&lt;/em&gt;, je retrace les origines du système Schengen, depuis les réflexions sur la paix proposées par les grandes figures du romantisme et les philosophes des Lumières à nos jours, en passant par le cosmopolitisme européen qui a émergé dans l’entre-deux-guerres. Pour la période contemporaine, j’ai tiré profit d’archives récemment ouvertes pour retracer l’élaboration du Traité dans les années 1980 et sa mise en œuvre dans la décennie qui a suivi.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt; 
&lt;/div&gt;
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