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&lt;p&gt;&lt;em&gt;Chaque semaine, l’Institut La Boétie dont Jean-Luc Mélenchon est co-président, édite une note intitulée « données et arguments ». Elle sert de référence pour les débats de formation dans les groupes d’action de La France insoumise. Cette note sera reproduite ici dans le but de documenter les mots d’ordre du mouvement et de permettre partout des débats argumentés.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le récit historique sur la France de l’extrême droite tente d’en faire une entité éternelle, un bloc démographique, linguistique, culturel et politique venant du fond des âges et auquel il faudrait que les nouveaux arrivants – migrateurs ou générationnels – s’assimilent. Mais un contre récit montre l’inverse : un pays &lt;/em&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;issu de créolisations&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt; continues et qui ne se constitue comme nation que par la politique. &lt;/em&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le projet de donner ses droits à la nouvelle France devient alors la dernière itération d’une tradition française.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 – La France, combien de grands remplacements ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le territoire français est depuis toujours un lieu où se succèdent des vagues migratoires. Il est possible de remonter très loin pour montrer qu’une expression comme « français de souche » n’a pas de sens, ou que l’idée qu’il y aurait une légitimité historique plus grande des migrants venant d’Europe sont absurdes.&lt;/em&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Si les premiers Homo Sapiens arrivent sur le territoire français en -50 000 avant notre ère environ – intégrant les précedents occupants néanderthaliens -, ils sont rejoints par une &lt;strong&gt;première grande migration d’agriculteurs venus du moyen-orient en -6000 avant notre ère&lt;/strong&gt;. Aujourd’hui, des analyses sur des français d’origine européenne montrent qu’un tiers de leur ADN provient des premiers et un tiers des seconds. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Au troisième millénaire avant notre ère une civilisation dite de la « céramique cordée » migre de l’est de l’Europe (actuelle Ukraine) pour s’installer dans le centre de l’Europe et jusque dans le quart nord-est de l’actuel territoire français. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; &lt;strong&gt;À l’âge du bronze&lt;/strong&gt; (-2700 à -800), les préhistoriens estiment que le territoire français est à &lt;strong&gt;l’intersection de quatre complexes culturels&lt;/strong&gt; européens : atlantique ; Ibérique ; Nord Alpin ; Italique. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; À partir de -600, il y a la création de &lt;strong&gt;premières colonies grecques&lt;/strong&gt; sur la côte méditerranéenne : Marseille, Nice, Arles, Antibes, Hyères. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; La Gaule conquise par Jules César en -52 avant notre ère est composée d’&lt;strong&gt;une soixantaine d’ethnies différentes&lt;/strong&gt;. Si certaines s’unissent pour lui faire la guerre, d’autres sont les alliées du militaire romain pendant son entreprise (comme les éduens). Quoiqu’il en soit, la latinisation culturelle (vêtements, langue, religion) des élites de ces ethnies avait commencé bien avant la conquête. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Dans la Gaule romaine, &lt;strong&gt;5% de la population va venir de Rome&lt;/strong&gt;. La diffusion de l&lt;strong&gt;a culture latine devient plus forte mais se créolise avec des éléments des cultures gauloises&lt;/strong&gt; : les divinités gauloises sont romanisées et inclues aux cultes obligatoires civiques romains, les fermes typiquement gauloises perdurent, se mêlent aux infrastructures territoriales romaines, sont parfois occupées par des anciens légionnaires romains, etc. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Dans les derniers siècles de l’empire romain, le territoire français accueille l’installation de « barbares », en vérité des peuples venus de l’est de l’Europe qui s’intègrent plus ou moins à l’empire &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour en gérer les frontières. Ainsi, &lt;strong&gt;lorsque Clovis&lt;/strong&gt; (qui avait le titre de consul romain) &lt;strong&gt;forme son royaume, il a dedans des gallos-romains, des francs, mais aussi des wisigoths ou des alamans.&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; &lt;strong&gt;Des communautés juives sont installées en France de manière attestées depuis le 1er siècle&lt;/strong&gt;. On a retrouvé des tombes de rite juif dans la nécropole antique d’Arles ou encore en menorah vieille de 2000 ans à Orgon, dans les Bouches-du-Rhône.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; À partir de 717, le Languedoc et une partie de la Provence voient l’arrivée d’arabes et de berbères venus de la péninsule ibérique. Au-delà d’une conquête militaire, il y aura &lt;strong&gt;des installations durables à partir de cette époque de populations venues d’Afrique du Nord&lt;/strong&gt;. On a retrouvé à Nîmes, Marseille ou Montpellier des sépultures médiévales de rite islamique. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; De même, après avoir mené pendant un siècle des raids et des invasions dans tout le nord et l’ouest de la France, des rois &lt;strong&gt;Vikings s’installent de manière permanente en Normandie à partir de 911.&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; En 1609, le roi d’Espagne prononce l’expulsion définitive des marranes et des morisques, c’est-à-dire des descendants de juifs et de musulmans convertis. Beaucoup s’installent dans le sud de la France. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; À la même époque, le royaume de France fait beaucoup la guerre ( guerre de 30 ans, guerre de 7 ans). &lt;strong&gt;Un tiers de son armée est constituée de mercenaires étrangers (allemands, wallons, suisses, italiens, catalans, écossais)&lt;/strong&gt;. La plupart de ces mercenaires finissaient par s’installer durablement en France. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; À toutes ces migrations il faut bien sûr ajouter celles de la modernité, à partir de la révolution industrielle : italiens, espagnols, belges, polonais, africaines…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 – La langue française comme continuité ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;La langue française est parfois considérée comme le cœur de l’identité nationale française, faisant fi du fait qu’elle est la langue officielle ou co officielle d’une trentaine d’Etats et une langue d’usage courant dans plus encore. Selon des discours réactionnaires, l’époque serait caractérisée par un déclin du français, marquant les premiers signes de sa disparition. En réalité, la caractéristique de la langue française est précisément d’être en constante évolution notamment par des apports venant d’autres langues.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; La première unification linguistique du territoire français a lieu avec &lt;strong&gt;l’adoption du latin qui a commencé dans les élites gauloises avant la conquête&lt;/strong&gt; et se diffuse après la conquête mais &lt;strong&gt;se déforme aussi au contact des différentes variétés de langues celtes parlées. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Les serments de Strasbourg de 842 (prononcé pour sceller une alliance militaire entre deux petits-fils de Charlemagne contre le troisième) sont parfois considérés comme les premiers textes en français. Pourtant, on est loin du français moderne : &lt;em&gt;« Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament »&lt;/em&gt; pour &lt;em&gt;« Pour l’amour de Dieu et pour le peuple chrétien et pour notre salut commun »&lt;/em&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; La chanson de Roland, composée au 11e siècle, est aussi pointée comme l’un des débuts de la langue française. Pourtant, difficile pour un français moderne de comprendre : &lt;em&gt;« Carles li reis, nostre emperer magnes / Set anz tuz pleins ad estet en Espaigne »&lt;/em&gt; qui veut dire &lt;em&gt;« Charles le roi notre grand empereur / Sept an entiers est resté en Espagne »&lt;/em&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; L’ordonnance de Villers-Cotteret de 1539 est réputée avoir généralisé le français pour les actes administratifs dit plutôt qu’il faut les faire dans « les langues maternelles des français » plutôt qu’en latin. &lt;strong&gt;La généralisation du français comme langue unique administrative date plutôt de la révolution française (20 juillet 1794)&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt;  &lt;strong&gt;En 1794&lt;/strong&gt;, un rapport de la Convention sur &lt;strong&gt;l’usage du français&lt;/strong&gt; est dirigé par l’abbé Grégoire qui estime que cette langue est connue et &lt;strong&gt;parlée par 10% des habitants de la république. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Le français est une langue en perpétuelle évolution, ce qui fait qui n’est pas possible d’en dater un début, ni un âge d’or. Le français est bien considéré comme une langue latine ou romaine mais &lt;strong&gt;elle comprend aussi des mots de racine celte, germanique, arabe, viking, arabe, hébraïque, araméenne, italienne, etc.&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 – Quand naissent les français ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’apparition de la nation française peut se dater de la révolution française. Vu la diversité culturelle, linguistique, le caractère mouvant des peuplements ou des frontières, seule une définition politique de la nation est possible pour les français. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Du délitement de l’empire romain à la monarchie absolue du 18e siècle, les personnes qui habitent sur le territoire français sont d’abord des sujets qui peuvent changer de monarques en fonction des conquêtes ou du jeu des alliances féodales. Ainsi, une grande partie des habitants de régions que l’on considère comme « françaises » ont pu être pendant plusieurs siècles des sujets de la couronne anglaise. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; &lt;strong&gt; Le premier texte qui définit la nationalité française est la constitution de 1791&lt;/strong&gt;, celle de la première phase de la révolution française. C’est ensuite le code civil qui va s’en chargé à partir de 1804. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; &lt;strong&gt;L’adoption des principaux symboles nationaux sont aussi postérieurs à la révolution française&lt;/strong&gt;. L’association des trois couleurs du drapeau remonte à la Révolution, le drapeau étant définitivement adopté comme emblème national en 1848. La marseillaise, composée en 1792, est adoptée comme hymne officiel en 1879, tout comme le 14 juillet en tant que fête nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;La « nouvelle France » n’est donc pas un phénomène inédit dans l’histoire de France. Au contraire, de fait de son histoire et de sa géographie, notre pays est régulièrement rebrassé. C’est pourquoi il se fonde par la politique, par la reconnaissance mutuelle de droits et de principes d’auto-gouvernement. Ainsi, la nouvelle France appelle une nouvelle fondation politique.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand nombre des données et des faits repris dans cette note sont issus du livre « La France éternelle : une enquête archéologique » de Jean-Paul Demoule (editions La Fabrique).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>Pourquoi les jours fériés sont un enjeu de lutte de classes ? </title><link>https://melenchon.fr/2026/06/03/pourquoi-les-jours-feries-sont-un-enjeu-de-lutte-de-classes/</link><dc:creator>zabrahams</dc:creator><pubDate>Wed, 03 Jun 2026 18:03:54 +0000</pubDate><category>Ambiance</category><category>à la</category><category>ANI</category><category>Bayrou</category><category>chômage</category><category>Chypre</category><category>égalité</category><category>émancipation</category><category>ERT</category><category>Espagne</category><category>euro</category><category>Europe</category><category>France</category><category>gouvernement</category><category>Jean-Luc Mélenchon</category><category>Le Monde</category><category>Lutte des classes</category><category>Mélenchon</category><category>mer</category><category>mobilisation</category><category>NSA</category><category>Paris</category><category>peuple</category><category>PS</category><category>république</category><category>retraites</category><category>Rome</category><category>SUMER</category><category>syndicats</category><category>UE</category><guid isPermaLink="false">https://melenchon.fr/?p=28560</guid><description>Chaque semaine, l’Institut La Boétie dont Jean-Luc Mélenchon est co-président, édite une note intitulée «&amp;#160;données et arguments&amp;#160;». Elle sert de référence pour les débats de formation dans les groupes d’action de La France insoumise. Cette note sera reproduite ici dans le but de documenter les mots d’ordre du mouvement et de permettre partout des débats [&amp;#8230;]</description><content:encoded>&lt;div class="elementor-widget-container" morss_own_score="2.0" morss_score="115.5"&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Chaque semaine, l’Institut La Boétie dont Jean-Luc Mélenchon est co-président, édite une note intitulée « données et arguments ». Elle sert de référence pour les débats de formation dans les groupes d’action de La France insoumise. Cette note sera reproduite ici dans le but de documenter les mots d’ordre du mouvement et de permettre partout des débats argumentés.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Après avoir volé deux ans de vie aux Français en repoussant la retraite à 64 ans, les macronistes s’attaquent désormais au 1er mai avec une proposition de loi visant à autoriser le travail dans certains secteurs en ce jour symbolique, rendu férié par la mobilisation historique du mouvement ouvrier. Ce n’est pas la première fois : à l’été 2025, le gouvernement Bayrou avait annoncé vouloir supprimer 2 jours fériés pour faire des économies, avant d’être renversé. L’obsession des macronistes pour supprimer des jours fériés n’est pas anecdotique : elle s’inscrit dans un combat plus large que mènent les classes dominantes pour réduire toujours plus le temps libre des travailleurs. Défendre les jours fériés, et en instaurer de nouveaux, c’est lutter pour une autre vision globale de la société : une société qui valorise le temps libéré et le collectif, plutôt que l’accumulation du capital. C’est donc un enjeu central pour la lutte des classes d’aujourd’hui. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 – L’histoire des jours fériés : une lutte des travailleurs face aux classes dominantes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’instauration des jours fériés a toujours été politique  &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Les premiers jours fériés inscrits dans la loi – il y a des jours chômés sous d’autres formes pendant l’ancien régime – apparaissent avec l’instauration de la République pour souder la nation autour de moments importants, comme la proclamation de la IIe République le 24 février après l’abdication du roi Louis-Philippe 1er. Mais c’est sous la IIIe République que naissent la plupart des jours fériés que l’on connaît aujourd’hui : 14 juillet, Pâques, Pentecôte, etc. &lt;strong&gt;Déjà, la résistance patronale est immense, notamment dans l’industrie : beaucoup d’employeurs refusent d’octroyer ces jours fériés à leurs employés&lt;/strong&gt;. C’est seulement la mobilisation des syndicats et des associations qui permettra aux salariés de bénéficier effectivement de leurs droits. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Le 8 Mai est aussi le fruit d’un conflit politique. Il n’est pas rendu férié directement après la guerre, car l’État ne souhaite pas reconnaître la spécificité de la victoire du 8 mai 1945 contre le nazisme, trop marquée par la résistance antifasciste et communiste. &lt;strong&gt;Il est reconnu férié seulement 8 ans après, en 1953, grâce aux mobilisations communistes et gaullistes.&lt;/strong&gt; Dans les années qui suivent, le 8 Mai férié est régulièrement supprimé puis rétabli, pour des raisons politiques et économiques. Par exemple en 1959 De Gaulle décale la commémoration nationale au deuxième dimanche de mai, avec le même argument qu’aujourd’hui : trop de ponts et de jours fériés tueraient la productivité nationale. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mai en particulier : une conquête sociale historique de la lutte ouvrière &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; En s’attaquant au Premier mai, le Gouvernement s’attaque au jour férié le plus symbolique pour le camp des travailleurs. &lt;strong&gt;À la fin du 19e siècle, le 1er mai devient une journée de mobilisation internationale pour la baisse du temps de travail, avec le mot d’ordre « 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs », symbolisé par le triangle rouge aujourd’hui porté par les insoumis.&lt;/strong&gt; Dès 1889, la IIe Internationale socialiste, réunie à Paris, exige de proclamer ce jour férié. Certains militants mobilisés le 1er Mai y ont perdu la vie : c’est le cas de la militante ouvrière du coton Maria Blondeau, tuée le 1er Mai 1891 par des tirs de gendarmes à Fourmies, dans le Nord. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Les mairies communistes et socialistes répondent à l’appel de l’Internationale en mettant en place le 1er mai férié dans leurs propres services municipaux et vont défendre sa généralisation à l’ensemble du pays, en demandant pour la première fois un vote à la Chambre des députés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Pendant la Seconde guerre mondiale, le régime de Vichy vide de sa substance le 1er Mai en le transformant en « Jour du Travail » pour servir son agenda réactionnaire « Travail, Famille, Patrie ». À la Libération, c’est le Conseil national de la résistance qui inscrit le Premier Mai dans le marbre. &lt;strong&gt;En 1947 il devient officiellement férié. C’est donc à un droit conquis il y a près de 80 ans que les macronistes osent s’attaquer par 49.3 aujourd’hui&lt;/strong&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 – S’attaquer aux jours fériés : la face émergée de l’iceberg des attaques contre le travail &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’argument des libéraux pour nous faire travailler plus est faux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;=&amp;gt; Les Français ne travaillent pas moins que leurs voisins, y compris du point de vue des jours fériés :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Avec 11 jours fériés par an, la France se situe en dessous de la moyenne européenne (12). À l’inverse Chypre (15), de l’Espagne, Malte, la Slovaquie (13), la Finlande, l’Autriche, le Portugal (13)&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;En additionnant jours fériés et congés payés, la France comptabilise 36 jours, contre 44 pour l’Espagne et Malte, 38 pour l’Autriche ou 37 pour le Luxembourg  &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Le temps de travail des Français n’est pas plus faible qu’en Europe : un salarié français travaille 1491 heures par an en moyenne. &lt;strong&gt;C’est plus que : les Allemands, les Danois, les Norvégiens, les Suédois, les Autrichiens, les Islandais, les Hollandais ou encore les Luxembourgeois ! &lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Un salarié français travaille en moyenne 37 heures par semaine. Mais cela cache des inégalités : 1 salarié sur 5 travaille plus de 48 heures par semaine. Pour ces travailleurs, supprimer un jour férié équivaut à supprimer l’une de leurs dernières bouées de sauvetage.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Une offensive générale contre le monde du travail &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;=&amp;gt; La proposition de loi visant à autoriser le travail le 1er mai est un cheval de Troie pour détricoter l’ensemble des conquis sociaux des travailleurs.&lt;/strong&gt; Le Gouvernement promet que le travail le 1er mai s’effectuera &lt;em&gt;sur la base du volontariat des travailleurs&lt;/em&gt;. C’est faux : on sait bien que le rapport hiérarchique au sein de l’entreprise conduira les travailleurs concernés à se plier à la volonté de leur patron. Le but poursuivi est de généraliser le travail le 1er mai, de la même façon que la possibilité de travailler le dimanche introduit en 2015 sur la base du volontariat s’est finalement imposée comme une obligation pour beaucoup. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Les macronistes s’attaquent aux jours fériés comme ils s’attaquent au reste des droits des travailleurs : ordonnances Travail en 2016, réformes de l’assurance chômage, réforme des retraites, etc. &lt;strong&gt;En faisant cela, ils poursuivent un objectif cohérent : repousser toujours plus les limites de l’exploitation des travailleurs pour baisser la rémunération du travail et augmenter celle du capital&lt;/strong&gt;. Par exemple la proposition de suppression de deux jours fériés du gouvernement Bayrou, en nous faisant travailler 2 jours de plus sans hausse de salaire, nous aurait fait perdre environ 1% de rémunération annuelle. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 – Le temps libéré : ferment d’une société de l’intérêt général &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bienfaits du temps libéré&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Les jours fériés constituent pour les travailleurs un îlot de temps libéré de la sphère marchande, qu’ils peuvent consacrer à d’autres types d’activités : &lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Le repos et le travail pour soi : bricolage, réparation, jardinage…&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Le temps collectif, les loisirs partagés : quand un jour est férié, le temps moyen passé entre amis augmente de 20 minutes en moyenne. Les jours fériés renforcent les liens sociaux et la solidarité : rendre visite aux personnes âgées, donner du temps à une association, etc. &lt;strong&gt;Ils favorisent l’organisation sociale, culturelle et même politique. &lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Le conflit sur les jours fériés reflètent deux visions opposées de la société : une société dictée par l’impératif marchand, la recherche de rentabilité, l’équilibre budgétaire &lt;em&gt;versus&lt;/em&gt; une société du temps libéré, de la solidarité, de l’épanouissement et de l’émancipation collective.&lt;strong&gt; Être révolutionnaire, c’est assumer que la joie et le bonheur sont des objectifs en tant que tels.&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relancer la réduction du temps de travail  &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Le temps de travail des salariés français n’a pas diminué depuis 2022. La dernière semaine de congés payés obtenue remonte à 40 ans, sous Mitterrand. Il faut renouer avec le progrès humain historique que constitue la réduction du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&amp;gt; Pour reconquérir le temps volé par les dominants, le mouvement insoumis propose de : &lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Rétablir les 35 heures réelles&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Passer aux 32 heures dans les métiers pénibles et favoriser leur généralisation par la négociation collective &lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Généraliser une 6e semaine de congés payés pour tous &lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Rétablir la retraite à 60 ans avec 40 annuités&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Instaurer de nouveaux jours fériés pour symboliser les conquêtes sociales de notre peuple et les grands moments de son histoire : par exemple le 4 février pour commémorer l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>Introduction des journées économiques internationales de l’Institut La Boétie</title><link>https://melenchon.fr/2026/05/30/introduction-des-journees-economiques-internationales-de-linstitut-la-boetie/</link><dc:creator>zabrahams</dc:creator><pubDate>Sat, 30 May 2026 13:12:29 +0000</pubDate><category>Vidéos</category><category>à la</category><category>ANI</category><category>capitalisme</category><category>Chine</category><category>crise</category><category>défense</category><category>démocratie</category><category>Dette</category><category>Discours</category><category>ERT</category><category>euro</category><category>Europe</category><category>France</category><category>Le Monde</category><category>libéralisme</category><category>Lima</category><category>Marche</category><category>mer</category><category>Parti Socialiste</category><category>peuple</category><category>planification écologique</category><category>PS</category><category>république</category><category>Rome</category><category>UE</category><category>USA</category><guid isPermaLink="false">https://melenchon.fr/?p=28551</guid><description>Mesdames et Messieurs, je m&amp;#8217;adresse à vous en tant que coprésident de l&amp;#8217;Institut La Boétie, organisateur de cet événement avec la Fondation européenne Pour le peuple. Et je voudrais m&amp;#8217;enorgueillir de me considérer comme un contributeur à la pensée commune, davantage que pour le rôle de personnage politique, que j’occupe sur la scène d&amp;#8217;une manière [&amp;#8230;]</description><content:encoded>&lt;div class="elementor-widget-container" morss_own_score="2.0" morss_score="46.5"&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Institut La Boétie&lt;/em&gt;, organisateur de cet événement avec la Fondation européenne &lt;em&gt;Pour le peuple&lt;/em&gt;. Et je voudrais m’enorgueillir de me considérer comme un contributeur à la pensée commune, davantage que pour le rôle de personnage politique, que j’occupe sur la scène d’une manière générale.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence d’un mot pour saluer la mémoire de quelqu’un qui a été une grande figure des intellectuels français de ma patrie : Edgar Morin, qui nous a quittés hier à 104 ans. Mais qui à 102 ans, était de nouveau engagé sur la première ligne du combat pour le respect des droits des peuples et contre le génocide à Gaza. C’est une pensée émue. Edgar avait servi de prétexte à la social-démocratie pour tirer de la théorie de la complexité comme principal résultat que rien ne pouvait être envisagé parce que tout était trop compliqué. Ce qui n’était pas sa pensée, loin de là. C’était même exactement le contraire : essayer de comprendre la complexité pour pouvoir intervenir sur elle.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="wp-block-paragraph" morss_own_score="10.0" morss_score="36.0"&gt;Mon propos est donc une contribution au déroulement de la journée.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes le lendemain de l’anniversaire du 29 mai 2005, et rien ne résume mieux la séquence politique et historique de la civilisation européenne que l’intervalle qui s’est déroulé depuis. Naturellement, 2005 n’était pas le début de l’ordolibéralisme. Certainement non. Mais il devait en être le couronnement. C’est-à-dire qu’à la faveur d’un texte, nommé Constitution, on aurait constitutionnalisé des règles politiques, des règles économiques disant indépassable de séparer la politique de l’économie.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au moment où cela fut mis en délibération, le peuple français qui regimbait à accepter fut accusé d’être un ramassis de retardataires, voire de quasi-fascistes qui refusaient l’Europe. Le peuple français n’a pas refusé l’Europe, il a refusé l’ordolibéralisme. Et il a été suffisamment inspiré pour le faire avec force et créer un entraînement qui permit ensuite le refus du peuple hollandais, c’est-à-dire pour finir de deux sur cinq des peuples fondateurs de l’Union européenne disant non à ce texte. “Non” mais non pas à l’Europe, cela va de soi, mais il faut toujours le rappeler.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À partir de là, tous ceux qui ont voté oui ont pris un engagement qui a été plus ou moins tenu de ne faire de programme politique que conforme au nouveau traité dont ils avaient proposé l’approbation. Tant et si bien que le premier résultat politique de cette adhésion et de cette défense, c’est que les deux partis qui, en France, organisaient l’alternance politique, qui s’étaient voués au « oui » et à l’ordo libéralisme, ont été écrasés et ont quasi disparu de la scène : le Parti socialiste français qui a fait 1,67 % aux dernières élections et la droite qui a fait moins de 5 % je crois, le parti Les Républicains. Ainsi a commencé à être volatilisée la scène politique française émise alors en obligation d’une recomposition générale. Elle est encore en cours en ce moment.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut en retenir la leçon : 21 ans après, l’ordo libéralisme a été nié, remis en cause et détruit par ceux-là mêmes qui en avaient ordonné l’application méthodique et systématique dans notre pays. Les États-Unis d’Amérique au bout du compte étaient les vainqueurs de la guerre froide et ils ont imposé au monde ce modèle unique et sans alternative possible. Et c’est des États-Unis d’Amérique, à la place du libre-échange, de la concurrence libre et non faussée, que la première puissance militaire du monde a déclaré qu’elle fixait les prix de toute une série de produits qu’elle importe à coup de droits de douane. Car que peut-elle faire d’autres qu’importer ? Elle a détruit son propre appareil productif avec la méthode qu’elle a imposée aux autres, en confiant l’autre bout du monde, la Chine, le soin de tous les travaux manufacturiers. Sans eux, il n’y a pas d’humanité possible, pour la raison qu’il n’y a pas d’économie, qu’il n’y a pas de production et qu’il n’y a pas d’échange. Toutes ces évidences ont été en quelque sorte dénouées en 21 ans.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aujourd’hui, l’ordolibéralisme est mort. La conséquence est que les partis qui portaient ce discours comme cœur de leur doctrine sont morts ou vont mourir avec. Et nous voyons qu’ils n’ont absolument rien à proposer à la société. Je ne le dis pas par esprit de concurrence, voire même de compétition avec eux. Mais pour faire observer que c’est la première fois qu’on voit des organisations politiques, maîtresses du monde, n’avoir aucune promesse civilisationnelle à présenter à l’humanité. Auparavant, les États-Unis d’Amérique, le libéralisme d’une manière générale, se prétendaient être les porteurs d’une idée, d’un avenir pour l’humanité, la démocratie, la bienveillance, le doux commerce qui aurait organisé les relations humaines et dirigé toute l’humanité vers un progrès sans fin. Tout ça s’est effondré. Et s’il faut faire une référence quelconque à la période dans laquelle nous sommes en train de vivre, nous autres ici en France, nous l’observons. Ceux qui sont nos adversaires idéologiques, nos contraires idéologiques, n’ont rien à proposer.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or, les sociétés humaines ne peuvent pas vivre autrement que dans un cadre qui rassemble la différence des êtres humains, un cadre qui les unifie. Un cadre religieux : ce fut l’Ancien Régime. Un cadre politique, c’est depuis le début de la République dans notre pays. Et ce cadre n’a pas encore été donné. Celui que nous apercevons, nous le voyons s’avancer. Nous ne savons pas comment ils vont le formuler politiquement, mais nous en voyons les acteurs. C’est cette sorte d’espèce de transhumanisme grotesque qui voudrait qu’à un moment ou à un autre, l’être humain, son corps, son esprit, tout ce qui le constitue en tant qu’être humain deviendrait lui-même une marchandise en pièces détachées, et dont le futur serait lié exclusivement aux techniques qui le mettraient en œuvre pour le renouveler.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est ce qu’en France, on a baptisé le transhumanisme, qui est aujourd’hui principalement porté par les grands acteurs des entreprises numériques des États-Unis d’Amérique. Il est frappant, je m’en assurais tout à l’heure, que si, au XIXᵉ siècle, le Manifeste communiste paraît en 1848, l’Église était l’organisatrice alternative de la pensée commune, puisque Rerum novarum, de Léon XIII date de 1891 comme manifeste de la doctrine sociale de l’Église. Cette fois-ci, elle a une main d’avance sur tout le mouvement ouvrier et sur notre famille idéologique, puisque c’est elle qui, la première, s’explique sur le risque que représente pour l’humanité, son devenir et ses techniques, avec l’encyclique qui vient de paraître et que nous aurons bientôt l’occasion de commenter. Rien qui vient de l’esprit ou qui va à l’esprit ne nous indiffère, et nous voulons être en dialogue avec absolument tout ce qui pense. Le transhumanisme est là, mais à défaut, et pour occuper la scène, nous avons autre chose : la préoccupation essentielle de disperser, de diviser le peuple, c’est-à-dire le suprémacisme qui essentialise les différences existantes entre les êtres humains pour empêcher leur action commune.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voilà le bilan de situation. Le capitalisme ne propose plus rien comme idée. Aucune force politique issue de la volonté de son maintien ne propose quelque avenir que ce soit. Et les idéologies qui surgissent de cette situation sont des idéologies qui empêchent l’unité du genre humain de se réaliser, alors que son grand nombre et le péril écologique poussent à cette unité. Et il est frappant à ce moment précisément de voir mis en cause le droit international. Cela alors qu’il est l’expression de ces avancées progressives, imparfaites de la communauté humaine se donnant des lois. Le Comité pour la paix de Monsieur Trump est en effet la négation de tous les droits internationaux et les droits humains dans le génocide à Gaza. Et la guerre est menée maintenant selon le bon vouloir de deux pays, mais d’aucun mandat international et aucune règle.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dorénavant, on ne peut plus faire comme s’il y avait d’un côté la géopolitique et de l’autre l’économie. C’est une seule et même chose. Les rapports de forces à l’intérieur de l’économie capitaliste mondiale ne peuvent pas être dissociés du déroulement politique de la pratique de cette économie. Par conséquent, surplombe la scène l’empire finissant des États-Unis d’Amérique. Ils sont dans une grave et terrible crise de domination, qui n’a pas commencé avec Monsieur Trump, mais qui a commencé déjà à être exprimée par Monsieur Biden, et avant lui par Barack Obama lui-même lorsqu’il désignait la Chine comme l’adversaire systémique des États-Unis d’Amérique. Avant que le G7 et les autres organismes de cette nature ne viennent le répéter servilement. Voilà comment à cet instant, cette contradiction structure la scène géopolitique et donc elle structure évidemment la scène économique. Elle structure la scène économique parce que celle-ci débouche sur un conflit que les États-Unis d’Amérique ont perdu. Eux-mêmes ont dit qu’il n’y avait pas de « solution de marché » à la compétition avec la Chine. Ce qui affirmait deux choses : premièrement, que le rapport à la Chine est nécessairement celui d’une compétition et non pas d’une coopération. Et deuxièmement que seules la force et la violence viendraient à bout de cette contradiction. Nous qui avons une lecture critique du capitalisme, nous n’avons jamais cessé de penser que le capitalisme entretiendrait continuellement une contradiction interne. Nous sommes les enfants de cette contradiction. C’est parce que le capitalisme a déclenché deux guerres mondiales que des gens comme nous existent, qu’existent le mouvement communiste qu’existe sa victoire en 1917. Et ensuite existe après 1945, la large famille qui occupait un tiers de l’humanité, mais aussi tout le mouvement socialiste mondial, en particulier en Europe, ladite Europe de l’Ouest étant dominée par la social-démocratie.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par conséquent, nous savons que le capitalisme n’est pas capable de faire autre chose que de conduire à la guerre. Et de nouveau, nous sommes dans cette période. Si bien que la fin du néolibéralisme va de soi, puisqu’elle correspond à un retour de l’État pour organiser un modèle économique qui, sans lui, n’existerait pas. Ce modèle économique, c’est celui de l’économie de guerre. L’État est donc présent de deux manières. D’un côté pour aller à la guerre, relancer des économies qui sont en faillite. Je pense par exemple, en Europe, à l’économie allemande qui se tourne d’un seul coup vers l’économie de guerre, prétendant faire la première armée conventionnelle d’Europe, sans que personne ne nous ait dits pour faire la guerre à qui et dans quel genre de guerre on compte le faire. Et la France évidemment. Les deux sont maintenant frappés dans une marche à la stagflation dont ils pourraient ne pas ressortir. Ils se contentent de survivre sous la pression qu’exercent les États-Unis d’Amérique et la Chine sur le noyau central : 20 % de l’économie mondiale ? Toutes les données de la réflexion politique sont donc modifiées par ce changement de situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est pourquoi ce que vous allez nous en dire au fil de cette journée va être pour nous une matière première de première importance.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’ordre économique régalien naît de la décision de ne plus créer de valeur d’échange au dollar en valeur matérielle de 1971 par les États-Unis d’Amérique, suivi de la décision de s’accorder avec les Chinois : « vous produisez à bas prix, nous vous achetons et l’argent que vous gagnez, vous le recyclez dans les dettes de l’État nord-américain ». Ce circuit est en train de se bloquer. Ce monde finit. La question qui est posée, ce n’est pas de savoir s’il va finir. Il est fini. La question est de savoir comment on passe à l’étape suivante. Une branche de l’alternative est l’économie de guerre. L’autre branche est la planification écologique. Car aucun d’entre nous ne nie qu’il faut qu’il y ait une économie, évidemment. En France, on a l’habitude de dire une bêtise qui se porte très bien dans le beau monde qui est de dire « il faut d’abord produire avant de distribuer ». Alors, nous leur disons « rappelez-nous à quel moment on a arrêté de produire ? ». Et d’abord qui produit dans ce pays ? Ce n’est pas vous qui parlez, ce sont tous les autres qui travaillent et qui sont derrière leur poste de travail. Voilà pourquoi, d’un côté l’économie de guerre, de l’autre la planification écologique. D’un côté, on va répondre à l’impasse du capitalisme, de l’autre, on va répondre à l’impasse de l’humanité. Et l’impasse de l’humanité, c’est que, que ça plaise ou pas, le changement climatique et l’extinction de la biodiversité sont en cours.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Donc la question est de savoir si « on s’en fout », chacun pour soi, ou bien si on va essayer de s’en tirer tous ensemble. Il y a donc deux modèles et dans les deux modèles, le libre-échange, la concurrence libre et non faussée sont éliminés comme des moyens qui ne sont pas en état de répondre à la question posée. Le retour de l’État, pour nous aussi, nous le faisons dans l’idée de la compréhension des échecs qui ont été les nôtres dans le passé. C’est évidemment que la question première qui doit être posée est celle de la capacité de la société d’entrer en dialogue, d’entrer s’il le faut en opposition ou d’entrer en contribution avec la décision de l’État. C’est pourquoi la planification écologique est une planification, par définition, démocratique. Quant à nous, Républicains jusqu’au bout, nous pensons que la structure de base de cette nouvelle forme de la démocratie est la commune, les comités de quartier, c’est-à-dire l’organisation réelle de la population dans son milieu urbain qui est dorénavant son écosystème politique. Voilà, présenté en quelques mots comment nous voyons se présenter le tableau auquel nous voulons répondre.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, James et toi Emiliano, vous allez commencer à répondre, mais je dis un mot juste peut être pour lancer quelques petites provocations qui aident à réfléchir. Puisque comme vous le savez, depuis des moqueries, je partage avec lui la théorie de la conflictualité et je pense, comme lui, que le combat est le père du futur.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc pourquoi pas commencer sérieusement à parler de ce dont il faut parler ? Ce n’est pas parce que les États-Unis vont entrer en guerre et sont entrés d’une certaine manière en guerre avec la Chine, que nous devons nous interdire, terrorisés de peur d’être mal vus, l’idée qu’il y a une alternative à la guerre avec la Chine : c’est la coopération. Et que la coopération ne veut pas dire la soumission. Nous n’avons nullement l’intention de faire la Chine en France, pas plus que nous n’avions avant l’idée de faire les USA en France, qui nous paraît largement plus dégoûtante. En tout cas, pour moi. L’idée est donc posée si nous voulons régler le problème de la guerre qui est commencée, il nous faut créer les conditions de la paix. Les conditions de la paix, c’est notamment de faire en sorte que la première puissance manufacturière ne nous dévore pas tout vif, tout simplement parce que nous serions incapables de produire nous-mêmes quoi que ce soit ou de résister à quelques compétitions, je dirais techniques. Nous sommes forts, sommes puissants, nous avons les moyens de créer un rapport équilibré, fût-ce avec la Chine elle-même. Et nous pensons qu’il y a des raisons de croire que ce type de coopération est possible, que le monde entier n’est pas intéressé que par la domination, la violence, la guerre et le dernier mot à avoir sur tous les autres. Que cette espèce de vieille resucée de l’âge néocolonial ne correspond plus à aucun des désirs des peuples dans lesquels nous vivons et que nous prétendons administrer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voilà pourquoi, avant tout, tout en posant des questions angoissantes, pour ma part, je ne perds pas une seconde de l’optimisme qui m’anime.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Merci pour votre attention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>Canicule, sondage et… Pape. </title><link>https://melenchon.fr/2026/05/28/canicule-sondage-et-pape/</link><dc:creator>zabrahams</dc:creator><pubDate>Thu, 28 May 2026 09:39:36 +0000</pubDate><category>Mes notes</category><category>à la</category><category>À LA UNE (2025)</category><category>ANI</category><category>Bayrou</category><category>ERT</category><category>François</category><category>Front National</category><category>gauche</category><category>Le Monde</category><category>Lima</category><category>Marche</category><category>Média</category><category>mer</category><category>Pape</category><category>planification écologique</category><category>PS</category><category>sondages</category><category>Total</category><category>Tunis</category><category>UE</category><guid isPermaLink="false">https://melenchon.fr/?p=28542</guid><description>La canicule en cours préfigure ce que va être l’année 2027 du point de vue du climat. Le courant chaud El Niño s’est amorcé en mer plus tôt que prévu et les perturbations vont donc se mettre en place dans un cycle sans doute plus court que d’habitude. L’année 2027 verra le paroxysme de l’impact. [&amp;#8230;]</description><content:encoded>&lt;div class="elementor-widget-container" morss_own_score="2.0" morss_score="36.5"&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La canicule en cours&lt;/strong&gt; préfigure ce que va être l’année 2027 du point de vue du climat. Le courant chaud El Niño s’est amorcé en mer plus tôt que prévu et les perturbations vont donc se mettre en place dans un cycle sans doute plus court que d’habitude. L’année 2027 verra le paroxysme de l’impact. Les effets spécifiques de ce phénomène s’ajouteront à ceux qui résultent du réchauffement préalable. Ce sera donc l’occasion de prises de conscience en grand nombre. Pour les pouvoirs publics néolibéraux, rien de neuf. Et ils ne feront rien, dans tous les domaines où le marché n’aura pas produit de propositions marchandes. Au contraire, le système compte se nourrir des turpitudes résultant de sa politique de laisser faire et laisser aller. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la société sera suffisamment ébranlée pour devenir attentive aux solutions radicales, voyant qu’elles sont la seule issue sérieuse et durable pour maintenir le monde en état de marche globale. Idéologiquement et concrètement, nous sommes, nous insoumis, plutôt mieux préparés que d’autres pour aborder cette période. L’insertion du concept d’intérêt général humain nous permet de formuler un point de référence stable pour nommer l’aune à laquelle doivent être formulées les réponses et engagées les priorités d’action. La thèse de la planification écologique est ici l’outil le plus adéquat pour organiser l’action comme composante de la vie quotidienne de notre pays et des décisions à prendre dans chaque domaine. Pour l’instant, la planification est restée un gadget confié à François Bayrou sans autres conséquences que quelques rapports et paperasses de plus. En tout cas, nous déduisons de ce contexte que les esprits vont être mieux préparés à comprendre les solutions du collectivisme écologiste que nous portons dans le programme « L’Avenir en commun ». Et par contraste plus clairvoyant sur la nullité des banalités débitées par le candidat d’extrême droite quand il lui arrive de dire quelque chose de construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un bon sondage fait toujours plaisir.&lt;/strong&gt; Mais cela ne suffit pas à crédibiliser à nos yeux ce procédé d’investigation de « l’opinion ». Nous serions pourtant bien absurdes de le dénoncer au moment où sa parution apporte une contribution aussi nette à notre travail. Mais déjà l’écart d’un point avec Édouard Philippe lui permettant de se maintenir devant moi m’est suspect. Mais cela ne me paraît pas une évaluation faite avec sérieux. Je le dis parce que nous savons quelle est la vanité de la méthode des sondeurs. Le savent-ils : nous vivons dans une période de dislocation sociale et culturelle. Les sondeurs continuent à vivre dans le monde où un métier, une situation familiale et un âge seraient des déterminants suffisants pour établir des correspondances d’opinion politique. Ce n’est plus un déterminisme, c’est une mécanique. C’est là une émouvante réminiscence de l’état du monde au siècle précédent. Aujourd’hui il en va tout autrement. Les gens s’apparentent plutôt à des cercles de tempéraments ou d’identification. C’est un peu l’intuition de la méthode de sondage de cluster 17. Les classiques, eux… patinent. Outre la méthode grotesque des « sondés en ligne » par internet contre des cadeaux, s’ajoute l’incapacité quasi-absolue à atteindre les quartiers populaires et la jeunesse. Tant d’angles morts ruinent toute prédiction. Et comme le journaliste produit l’actualité par sa sélection des faits, le sondeur compte donc essentiellement sur l’effet auto-réalisateur de ses annonces péremptoirement assénées. Dans ce contexte, leur méthode secrète de « corrections » des résultats ne peut pas être prise au sérieux. En effet, elle dépend d’échantillons souvent très… biaisés. Les archives de la commission de contrôle des sondages, visitées par Antoine Léaument, député insoumis de l’Essonne, à l’occasion d’une commission d’enquête parlementaire, lui en ont appris de belles à ce sujet. Ainsi quand les résultats bruts de telle société de sondage font apparaître des intentions de vote à 46 % pour le Front national aux précédentes élections présidentielles… Ou quand telle autre montre que 10 % des sondés de l’échantillon se souviennent avoir voté pour moi, soit moins de cinquante pour cent du total réel… La correction de trajectoire à ce moment-là est tout simplement un exercice de « libre création » du sondeur. Et c’est surtout aussi un révélateur du biais ultra-droitier de l’échantillon. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas comme cette semaine, qui nous est si favorable, nombre de membres bavards de la caste médiatico-sondagière ont dégainé leur sarcasme à deux sous : &lt;em&gt;« vous citez les sondages quand ils vous arrangent »&lt;/em&gt;. Oui, en effet. Mais que fait la caste ? La même chose. Reste une différence : eux croient à ce qu’ils lisent. Pas nous. À présent, nous pensons que nous sommes encore sous-évalués. Cet institut de sondage nous donnait à 8 % six mois avant le vote de 2022. Il attendit quatre jours avant le vote pour nous mettre à 16 %. Je fis 22 %, on s’en rappelle. Donc nous croyons que nous sommes sous-évalués. L’intention est sans doute d’alarmer le centre pour le pousser à son union sans l’affoler de trop. Ce qui nous arrange, car cela le rallierait à la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, souvent les sondages semblent adresser des messages toujours opportunistes à tel secteur ou tel secteur du paysage politique. Ici, il s’agit de pousser les centres dans les bras les uns des autres. Mais cela passe par la recomposition du paysage lui-même. Ici, on lit qu’Edouard Philippe fait 17 %. Mais Attal est absent du sondage ! Si les deux étaient présents, comment se partageraient-ils l’espace du centre droit ? On ne sait pas. Mais on sait à coup sûr que ni l’un ni l’autre ne serait présent au second tour. Même question pour Glucksmann, candidat à 11 %. Mais où est passé le PS ? Si le PS est présent, quelle part chacun des deux prendrait au centre-gauche ? On devine que bien d’autres configurations réalistes sont aussi possibles. Mais la force de l’image donnée est de rétrécir le champ au profit des candidatures du centre. On doit donc s’attendre à bien des convulsions à venir. Car les sondages sont rendus maîtres de la désignation des candidats par plusieurs familles politiques elles-mêmes. Les sondeurs le savent. Leurs résultats changent de nature avec cela. Il nous reste à savoir quels naïfs vont les croire. Et quel crédit chacun donnera à chaque « institut ». Quand on voit sur les photos le patron d’IFOP présent dans une réunion avec Glucksmann, on devine que le doute aurait des raisons de s’exprimer au PS. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant à nous, une seule leçon : rien ne sert de courir. Laissons l’onde de choc produire son effet avant d’envisager le mouvement suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La publication d’une encyclique papale&lt;/strong&gt; est toujours un évènement, car c’est une prise de position adressée au minimum à un milliard d’êtres humains de confession catholique. La centralisation du modèle d’organisation de la foi catholique (église apostolique et &lt;em&gt;romaine&lt;/em&gt;) rend possible une relation plus globalement argumentée avec ce milieu. Le texte aborde cette fois-ci la place de la technique dite d’intelligence artificielle dans l’évolution de la société humaine. Comme tout le monde, le pape met en scène la spécificité du sujet puisque celui-ci semble mettre en cause la caractéristique humaine que serait la pensée dont cet outil technique semble capable de prendre la place. L’institut La Boétie a ouvert la réflexion à travers plusieurs réunions et colloques. Nous n’avons établi aucune conclusion dans le moment. Pour ma part, je me réfère beaucoup au travail d’Anne Alombert sur le sujet. Non parce que j’y adhère, mais parce que sa mise en scène du thème permet d’y réfléchir sur des bases ouvertes. À première vue, je rejoins le pape quand il invite à se tenir à distance autant de la réaction de frayeur que du déni. Mais à vrai dire cette double mise à distance est davantage un point de vue de bon sens élémentaire qu’une façon d’explorer le thème des acquis possibles de l’irruption de cet outil. Son texte ne se limite pas à cela, je veux le dire pour ne pas le caricaturer. Mais il donne l’occasion de discussions de masse, de dialogue dans la mesure où il se situe sur un plan large au-delà de la seule mais considérable conséquence sur l’emploi dans le cadre capitaliste. Pour nous insoumis, une fois partagé le ni-ni initial, il me semble que nous devons évidemment envisager les conséquences sociales avec une vigilance totale. Et des propositions. C’est là que je situe une autre ouverture. Comme une question. Et si l’intelligence artificielle nous permettait d’envisager la diminution du temps de travail humain ? Et si elle nous permettait, à temps de travail diminué, de reformuler la question du partage de la richesse produite et de la gestion collective du surproduit social ? La génération socialiste de Salvador Allende avait pensé trouver dans la cybernétique une ouverture de cette nature. Je crois qu’il faut faire le même pari. Ce serait au minimum une façon de commencer à dire comment utiliser ce nouvel outil plutôt que de le subir. &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
</content:encoded></item><item><title>« Nouvelle France », anatomie d’un contresens politique</title><link>https://melenchon.fr/2026/05/22/nouvelle-france-anatomie-dun-contresens-politique/</link><dc:creator>zabrahams</dc:creator><pubDate>Fri, 22 May 2026 18:41:30 +0000</pubDate><category>Ambiance</category><category>à la</category><category>ANI</category><category>Arte</category><category>blog</category><category>Conférence</category><category>Discours</category><category>égalité</category><category>ERT</category><category>Florange</category><category>France</category><category>François</category><category>gauche</category><category>Le Monde</category><category>Marche</category><category>Média</category><category>Médias</category><category>Meeting</category><category>mer</category><category>PCF</category><category>peuple</category><category>Philosophie</category><category>PS</category><category>république</category><category>sondages</category><category>UE</category><category>USA</category><guid isPermaLink="false">https://melenchon.fr/?p=28534</guid><description>Note de blog de Pascal Levoyer, agrégé de philosophie, publiée sur son blog Mediapart. À rebours des accusations de communautarisme et d’identitarisme, Jean-Paul Sartre aide à comprendre que la « Nouvelle France » ne renvoie pas à une identité nouvelle, mais à des conditions historiques communes à partir desquelles un universel politique peut se reconstruire. [&amp;#8230;]</description><content:encoded>&lt;div class="elementor-widget-container" morss_own_score="1.993402450518379" morss_score="231.3208749779909"&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Note de blog de Pascal Levoyer, agrégé de philosophie, &lt;a href="https://blogs.mediapart.fr/pascal-levoyer/blog/210526/nouvelle-france-anatomie-d-un-contresens-politique"&gt;publiée sur son blog Mediapart&lt;/a&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À rebours des accusations de communautarisme et d’identitarisme, Jean-Paul Sartre aide à comprendre que la « Nouvelle France » ne renvoie pas à une identité nouvelle, mais à des conditions historiques communes à partir desquelles un universel politique peut se reconstruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des concepts qui révèlent, par les réactions qu’ils suscitent, la structure même du champ politique dans lequel ils interviennent. La « Nouvelle France » est de ceux-là. Depuis que ce concept a été mis en circulation dans le débat public par La France insoumise, il fait l’objet d’une critique remarquablement convergente qu’il faut interroger dans sa logique avant d’en réfuter le contenu. De droite et de gauche, on lui adresse le même reproche, celui de fracturer la France entre une « nouvelle » et une « ancienne », de produire un identitarisme de substitution, de découper le corps social selon des critères ethnico-culturels déguisés en sociologie, et de promouvoir un communautarisme que son emballage universaliste ne suffirait pas à dissimuler. Retailleau y voit une France « wokiste ». Ruffin y lit l’abandon de la « vraie » France populaire, celle des bourgs et des zones périphériques déindustrialisées. Le PCF s’inquiète d’un glissement identitaire qui trahirait la tradition universaliste de la gauche. La liste est longue, et elle est étrangement concordante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette concordance mérite en elle-même un examen. Quand des adversaires politiques aussi éloignés que Retailleau et Ruffin, le Rassemblement national et une fraction du mouvement ouvrier organisé, convergent vers exactement la même critique, l’hypothèse raisonnable n’est pas qu’ils ont tous raison simultanément. C’est qu’ils partagent tous un même présupposé, celui qu’il s’agirait précisément d’interroger. Ce présupposé est l’idée qu’il existerait une France donnée, une essence française préexistante dont la « Nouvelle France » serait soit la négation (côté droit), soit la trahison (côté gauche). Autrement dit, tous pensent la France comme une identité, et ils ne débattent entre eux que de son contenu. Or c’est exactement contre cette conception-là que le concept intervient. Le malentendu est donc constitutif et instructif à la fois. La critique n’a pas saisi ce qu’elle attaquait. Elle a répondu à une question que le concept ne posait pas, parce qu’elle était incapable d’entendre celle qu’il posait réellement.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Contre l’essentialisme identitaire&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre ce que le concept de « Nouvelle France » fait réellement, un détour philosophique s’impose, un détour qui n’en est pas un à proprement parler puisqu’il va directement au cœur du problème. En 1945, dans une conférence restée célèbre, Sartre énonce une distinction qui engage tout ce qui suit &lt;a&gt;[1]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;« S’il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition. Ce n’est pas par hasard que les penseurs d’aujourd’hui parlent plus volontiers de la condition de l’homme que de sa nature. Par condition ils entendent avec plus ou moins de clarté l’ensemble des limites a priori qui esquissent sa situation fondamentale dans l’univers. »&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le déplacement est décisif. Ce que Sartre invalide ici est une forme de pensée très précise, l’essentialisme, soit la prétention de définir a priori ce que les êtres sont et ce qu’ils doivent être, de fixer avant toute expérience une essence qui précède l’existence et la commande. La philosophie classique avait pensé cette essence comme l’ensemble des propriétés nécessaires et immuables définissant l’homme en tant qu’homme, l’homme rationnel, l’homme politique. C’est une pensée de type prédicatif, une pensée qui répond à la question « qu’est-ce que c’est », c’est-à-dire à la question de l’essence. L’essentialisme ainsi compris est le soubassement philosophique de tout identitarisme. Définir un groupe, une nation, un peuple, une classe, par ses propriétés essentielles, c’est produire une identité fermée à partir de laquelle on inclut et on exclut, et c’est précisément ce geste que Sartre invalide, non pas parce que les hommes n’auraient rien en commun, mais parce que ce qu’ils ont en commun n’est pas une essence mais une condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;« Les situations historiques varient : l’homme peut naître esclave dans une société païenne ou seigneur féodal ou prolétaire. Ce qui ne varie pas, c’est la nécessité pour lui d’être dans le monde, d’y être au travail, d’y être au milieu d’autres et d’y être mortel. »&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces constantes ne sont pas des propriétés essentielles et ne définissent pas une substance. Ce sont des limites à partir desquelles tout projet humain se déploie, quelle que soit l’époque, quelle que soit la situation historique singulière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;« Les limites ne sont ni subjectives ni objectives ou plutôt elles ont une face objective et une face subjective. Objectives parce qu’elles se rencontrent partout et sont partout reconnaissables, elles sont subjectives parce qu’elles sont vécues et ne sont rien si l’homme ne les vit, c’est-à-dire ne se détermine librement dans son existence par rapport à elles. »&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition n’est pas un fait brut qui s’imposerait mécaniquement de l’extérieur, mais elle n’est pas non plus une simple projection subjective. Elle est la structure objective à l’intérieur de laquelle un sujet se constitue en se déterminant par rapport à elle. On ne peut pas ne pas y répondre, mais la manière d’y répondre est toujours, selon Sartre, libre, singulière, ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De là découle la conséquence la plus décisive pour la question politique qui nous occupe. Si les hommes ne partagent pas une essence figée mais une condition, alors l’universel n’est pas donné mais construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;« Il y a une universalité de l’homme ; mais elle n’est pas donnée, elle est perpétuellement construite. Je construis l’universel en me choisissant ; je le construis en comprenant le projet de tout autre homme, de quelque époque qu’il soit. »&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’universel n’est pas le nom d’une substance commune qui préexisterait à la diversité des situations. Il est ce qui se produit quand des singularités se reconnaissent mutuellement dans des conditions partagées. Ce que Sartre ajoute immédiatement est aussi important que la thèse elle-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;« Cet absolu du choix ne supprime pas la relativité de chaque époque. »&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’universel construit n’est pas un universel abstrait flottant au-dessus des situations historiques particulières. Il est toujours situé, toujours daté, toujours ancré dans une configuration historique déterminée. Il est universel non pas parce qu’il transcende l’histoire mais parce qu’il est compréhensible, parce que tout autre sujet, placé dans une situation analogue, peut retrouver en lui-même le projet qui l’anime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce déplacement de l’essentialisme à la condition, de l’identité donnée à l’universel construit, constitue le geste philosophique central du concept de « Nouvelle France », et c’est précisément ce que l’ensemble de ses critiques, de droite comme de gauche, n’a pas saisi ou a refusé de voir.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;L’universalisme comme masque de l’identitaire&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La critique de droite et d’extrême droite est, dans sa brutalité même, la plus facile à retourner. Elle consiste à reprocher à la « Nouvelle France » d’être identitaire au moment précis où elle-même définit la France comme une identité culturelle, historique, civilisationnelle, dont certains seraient porteurs et d’autres, irrémédiablement, non. L’accusation est donc performative au sens exact du terme. C’est parce que ses auteurs pensent eux-mêmes la France comme une essence qu’ils ne peuvent lire dans tout concept concurrent qu’une essence adverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retailleau, les polémistes du Figaro et les théoriciens du « grand remplacement » posent la question « qu’est-ce que la France » dans les termes d’une essence, c’est-à-dire dans les termes exactement que Sartre avait identifiés comme le geste essentialiste par excellence. La France serait définie par des racines chrétiennes, une langue, une histoire, une civilisation, un mode de vie. Elle serait définie par ses propriétés immuables, transmissibles uniquement selon des voies qu’on peut à peine ne pas appeler héréditaires. Et si quelque chose d’autre apparaît sur ce territoire, des pratiques culturelles différentes, des récits de soi distincts, des manières d’habiter la République qui ne correspondent pas à l’image officielle, c’est une déviation, une altération, une menace pour l’intégrité de l’essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que la France est pensée comme une identité fermée qui préexiste à ceux qui la peuplent, les précède et les somme de s’y conformer. C’est, transposé au plan national, la même structure logique que le racisme, soit poser d’abord l’essence, ne reconnaître ensuite comme pleinement légitime que ceux qui y correspondent, et traiter tous les autres comme des corps étrangers dans l’organisme national. Que cette essence soit définie en termes biologiques ou culturels est secondaire. Les tenants de l’« identité nationale » ont appris depuis longtemps à substituer le culturel au biologique sans modifier d’un iota la structure du raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La « Nouvelle France », en revanche, ne définit pas une nouvelle identité. Elle ne dit pas que les vrais Français sont désormais ceux-ci plutôt que ceux-là. Elle enregistre une mutation objective des conditions dans lesquelles se construit l’expérience sociale sur le territoire français et nomme ce que vivent, structurellement, des millions de personnes en France, la précarité du travail ubérisé, la recomposition postcoloniale des familles et des quartiers, l’expérience de la relégation géographique, le rapport nouveau à l’égalité des sexes, la présence massive de trajectoires sociales qui n’entrent pas dans les représentations dominantes de la « France qui travaille ». Ce n’est pas une identité mais une condition au sens sartrien du terme, un ensemble de limites objectives et subjectives à partir desquelles se construisent des projets singuliers qui peuvent se reconnaître les uns les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accuser ce concept d’identitarisme, c’est donc commettre une erreur de catégorie fondamentale. On lui reproche de promouvoir une nouvelle identité alors qu’il est précisément le refus de penser en termes d’identité. Et c’est la droite, dans cette controverse, qui opère réellement selon la logique identitaire, elle qui défend une France définie par ses propriétés supposément immuables contre la réalité objective d’une France qui a changé. Le retournement est complet. Ce qu’on accuse d’identitarisme est anti-identitaire par construction. Ce qui accuse est identitaire par définition.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;L’universel sans conditions&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La critique venue de la gauche est plus complexe, parce qu’elle partage des présupposés philosophiques avec le concept qu’elle attaque, et c’est précisément cet accord partiel qui la rend instructive sur ses propres impasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;François Ruffin a formulé cette critique en prétendant que la « Nouvelle France » serait le signe d’un abandon de la France périphérique, de la France ouvrière des petites villes et des zones déindustrialisées. Le concept signalerait un repli sur les quartiers populaires des grandes agglomérations, sur une jeunesse urbaine et mobile, sur les descendants d’immigration, au détriment de ceux qui constitueraient la base naturelle et légitime d’une gauche populaire authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe de cette critique est qu’elle est elle-même géographiste et, en un sens profond, identitaire. Elle suppose qu’il existerait une « vraie » base populaire définie par des critères de localisation, la France périphérique, les petites villes, les zones rurales. Or Benoît Coquard a démontré de manière rigoureuse dans ses travaux que le fait d’être rural ou urbain n’explique qu’une fraction marginale des comportements électoraux qu’on lui attribue. Ce qui explique le rapport politique de ces populations, c’est la position de classe et, plus précisément, la structure de la dignité que chaque offre politique propose à ses destinataires. La « France périphérique » dont parle Ruffin n’est pas un territoire. C’est une certaine configuration des rapports sociaux, qu’on retrouve dans les banlieues comme dans les campagnes, et c’est lui, non pas le concept qu’il critique, qui substitue une catégorie de territoire à une catégorie de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La « Nouvelle France » ne découpe pas la carte en zones électoralement rentables. Elle nomme une recomposition de la condition populaire qui s’est produite objectivement depuis quarante ans, tertiarisation du salariat, entrée massive des femmes dans le travail rémunéré, présence croissante des populations d’origine postcoloniale dans les emplois peu qualifiés et peu protégés, ubérisation de pans entiers du travail, développement des emplois du soin et de la logistique. Cette recomposition ne produit pas un « nouveau peuple » différent de l’« ancien » mais une nouvelle configuration de ce que c’est qu’être dans une position populaire en France en 2025. Ruffin se bat pour que la gauche parle à ceux qui travaillent dans les entrepôts de l’Aisne, mais les entrepôts de l’Aisne, précisément, sont remplis de ceux qui composent la « Nouvelle France ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en cause, au fond, c’est une image du peuple forgée dans la France industrielle des années 1960-1980, avec son ouvrier masculin, blanc, syndiqué, habitant une zone de vieille implantation ouvrière. Cette image a été réelle. Elle ne l’est plus exclusivement ni même majoritairement. Et le problème politique n’est pas de choisir entre l’ancienne image et la nouvelle mais de partir de la réalité telle qu’elle est pour construire une politique qui lui corresponde. L’insistance sur la France périphérique comme seul lieu légitime de la politique populaire revient à poser a priori une essence du peuple, une identité fixe, plutôt qu’à en enregistrer la condition réelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique du PCF de Fabien Roussel opère sur un registre différent mais converge vers la même impasse. Elle invoque l’universalisme républicain et la tradition internationaliste contre ce qui serait un glissement communautariste. Mais cette invocation suppose que l’universalisme aurait déjà été réalisé dans les formes politiques de la gauche ouvrière du XXᵉ siècle. Or cette figure du « travailleur » ou du « citoyen » n’est pas universelle. Elle est le produit d’une histoire particulière avec ses angles morts bien documentés, les travailleurs coloniaux maintenus dans des statuts juridiques distincts, les femmes cantonnées au travail domestique et présentées comme naturellement hors du champ syndical, les migrants traités comme variable d’ajustement sans être pleinement intégrés dans les luttes. L’« universel » ouvrier avait, en pratique, exclu ou maintenu dans une invisibilité relative des fractions entières de ceux qui travaillaient et souffraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, la critique du PCF reconduit exactement une logique identitaire, fût-ce dans une version progressiste, qui consiste à livrer une définition a priori de ce que doit être le sujet politique légitime et à disqualifier tout ce qui n’y correspond pas comme insuffisamment universel, trop particulier, trop identitaire. L’ironie de la situation est que c’est au nom de l’universalisme qu’on refuse d’interroger les limites d’un universel qui n’a jamais été tout à fait ce qu’il prétendait être.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;L’universel construit&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La « Nouvelle France » est d’abord un enregistrement. Elle enregistre une réalité objective dont la description est disponible dans les données de l’INSEE, dans les travaux des sociologues, dans les enquêtes sérieuses sur les transformations du salariat, et que personne ne conteste dans sa factualité mais seulement dans son interprétation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques décennies, la composition sociale de la France a subi des transformations de fond. La classe ouvrière industrielle, qui représentait près de 40 % de la population active dans les années 1970, en représente moins de 21 % aujourd’hui. En face se sont développés massivement les emplois du soin, de la logistique, de la distribution, du nettoyage, emplois sous-payés, souvent précaires, fréquemment occupés par des femmes et par des descendants d’immigration postcoloniale. La France est passée d’une urbanisation de 55 % à plus de 80 %. Un Français sur quatre a désormais au moins un grand-parent né hors de France. La situation des femmes dans le travail et dans la vie publique a changé plus profondément en cinquante ans que dans les cinq siècles précédents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mutations ne sont pas des constructions idéologiques. Ce sont des faits. Et ces faits posent une question simple. Quelle politique correspond à cette réalité ? Quel discours politique nomme correctement ceux qui peuplent la France contemporaine, qui travaillent dans ses entrepôts et ses EHPAD, qui habitent ses banlieues et ses quartiers populaires, qui font tourner une économie qui les exploite sans les représenter ? On peut choisir de continuer à leur parler avec les catégories élaborées pour la France de 1970, ou on peut nommer ce qu’ils vivent, non pas pour produire une nouvelle identité, mais pour reconnaître une condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nommer la condition ne suffit pas. Il faut encore comprendre pourquoi ni l’universalisme de la droite ni celui d’une certaine gauche ne peuvent y correspondre. L’universel dont se réclame la droite est un universel donné, une France déjà là, déjà définie, dont l’identité serait à défendre contre les forces qui la menacent. C’est un universel essentialiste. Il existe indépendamment des projets et des actions de ceux qui le peuplent, il précède leur existence, il les somme de s’y conformer. C’est l’universel du musée, de l’héritage préservé. Sa clarté est réelle, mais c’est la clarté de la pétition de principe, qui pose comme préalable exactement ce qui est en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’universel dont se réclame la gauche traditionnelle est structurellement analogue. Il pose l’existence d’une figure du peuple dont l’universalité aurait déjà été réalisée ou serait sur le point de l’être si l’on revenait aux fondamentaux. Lui aussi suppose qu’on peut définir a priori ce qu’est le sujet politique légitime. Lui aussi procède par exclusion implicite, en déclarant insuffisamment universels ceux qui ne correspondent pas à la figure posée. Lui aussi pense l’universel comme donné plutôt que comme construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’universel que construit le concept de « Nouvelle France » relève d’un tout autre registre. C’est l’universel perpétuellement construit que Sartre décrivait, celui qui se produit dans le mouvement même de la reconnaissance mutuelle, non pas par l’identification à une essence commune mais par la compréhension de projets singuliers à partir de conditions partagées. Il ne dit pas que nous sommes tous la même chose, que nous avons tous la même histoire, que nous partageons tous les mêmes valeurs immémoriales. Il dit que nous vivons des limites comparables, que nous nous confrontons aux mêmes impossibilités structurelles, et que c’est à partir de cette co-situation que quelque chose peut se construire ensemble, quelque chose qui n’est pas l’effacement des différences mais leur traversée par une logique politique commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce déplacement transforme radicalement la conception du sujet politique. Un identitarisme présuppose toujours une appartenance. On appartient à un peuple, à une classe, et c’est cette appartenance qui fonde la solidarité. Elle est statique, rétrospective, exclusive. Elle divise toujours entre ceux qui appartiennent et ceux qui n’appartiennent pas. La condition, en revanche, ne définit pas une appartenance mais une situation. Et une situation peut être partagée par des individus très différents, par l’ouvrière du nettoyage née à Bamako et par l’ancien ouvrier de Florange né à Longwy, par la jeune femme de Villiers-le-Bel qui fait des études de médecine et par le livreur Deliveroo de Lyon. Ce qu’ils partagent, ce n’est pas une identité mais une condition, la même exposition à la précarité économique, la même distance par rapport aux lieux où se prennent les décisions qui les concernent, la même expérience d’être gouvernés depuis l’extérieur.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La France qui s’affirme&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La solidarité avec la Palestine en est le test le plus brutal. Quand des milliers de personnes défilent en France pour le peuple palestinien, l’accusation de communautarisme est déployée immédiatement. Pourtant ce qui unit ces cortèges n’est pas une identité partagée. On n’a pas besoin d’être arabe, ni musulman, ni palestinien pour y marcher. Ce qui les unit, c’est d’abord la reconnaissance d’un génocide, et au-delà, des singularités dispersées par des histoires différentes, des origines différentes, des positions sociales sans commune mesure, se reconnaissent dans une configuration commune non parce qu’elles seraient identiques mais parce qu’elles partagent structurellement les mêmes limites, domination coloniale, déni du droit à exister comme sujet politique, invisibilisation dans le système de représentation international, traitement comme problème à gérer plutôt que comme sujet à entendre. Ceux qui ont vécu la relégation et le double standard dans l’attribution des droits n’ont pas besoin d’être palestiniens pour reconnaître dans cette condition quelque chose qu’ils connaissent depuis une expérience plus proche. Ce n’est pas du communautarisme. C’est la constellation à l’œuvre, non pas la fusion des identités mais la reconnaissance, depuis des positions dispersées, d’une même négation structurelle que le même ordre mondial produit de part et d’autre de la Méditerranée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Nouvelle France n’est pas une identité, c’est une condition. Elle ne dit pas « qui on est », ce qui serait le registre de l’identité. Elle dit « ce que nous vivons », ce qui est le registre de la condition. Et cette différence engage tout un programme politique. Une identité se réclame, demande à être reconnue par un autre qui dispose du pouvoir de la valider ou de la nier. Une condition ne demande pas à être reconnue. Elle est vécue. Ce qui se produit quand la Nouvelle France se rend visible dans les urnes, dans les cortèges, dans les meetings, ce n’est pas d’abord l’expression de revendications identitaires. C’est une affirmation de présence au sens plein du terme, l’affirmation collective que cette France-là est là, qu’elle compte, qu’elle existe politiquement plutôt que statistiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est précisément ce qui explique la réaction, et pour en saisir toute la portée, il faut distinguer deux régimes de la dignité politique que le concept de « Nouvelle France » implique sans toujours les nommer. La dignité comme demande interpelle l’autre, le pouvoir, l’État, l’opinion dominante, pour réclamer d’eux reconnaissance, comptage, représentation. Elle reste dans la logique de la reconnaissance, dans un rapport où l’existence du sujet est suspendue à la réponse de celui à qui il s’adresse. Cette logique n’est pas sans valeur et les luttes pour la reconnaissance ont arraché des droits réels. Mais elle a une limite structurelle. Elle laisse à l’adversaire le pouvoir de répondre ou de ne pas répondre, d’accorder ou de différer. Elle reste dans le registre de ce que les systèmes politiques savent traiter. Une demande peut être négociée, récupérée, instrumentalisée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dignité comme acte ne s’adresse pas. Elle affirme. Elle ne demande pas l’autorisation d’exister politiquement. Elle fait l’acte par lequel cette existence s’effectue. Faire campagne en comptant sur rien d’autre que la force de ceux qui sont là, sans attendre que les sondages valident la démarche ni que les médias lui accordent la légitimité qu’ils réservent à d’autres, c’est le registre de l’acte et non de la demande. Une identité calcule, parce qu’elle a besoin d’être reconnue pour se sentir légitime. Une condition, elle, est déjà là, massivement, structurellement. Ce qui lui manque n’est pas un seuil de légitimité mais l’acte d’effectuation par lequel elle devient sujet politique plutôt que variable démographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La panique que cette présence produit, et c’est bien de panique qu’il s’agit au sens clinique, se produit face à quelque chose qui ne demande pas mais qui affirme, qui ne supplie pas mais qui apparaît. Reconnaître la « Nouvelle France » comme réalité, c’est admettre que la représentation dominante de la France avait été construite sur son occultation. C’est admettre que l’universalisme républicain dont se réclamaient aussi bien la droite classique que la gauche réformiste avait, en pratique, un contenu particulier, une France qui ressemblait à certains et pas à d’autres, des institutions qui représentaient certaines trajectoires et pas toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La « Nouvelle France » n’est pas nouvelle au sens où elle aurait soudainement surgi. Elle travaille et habite depuis des décennies. Ce qui est nouveau, c’est qu’elle s’affirme dans des espaces symboliques et politiques où l’on avait organisé son absence, dans la vie politique, dans la représentation électorale, dans le débat public. Et cette apparition ne prend pas la forme d’une revendication adressée à ceux qui l’avaient maintenue invisible. Elle prend la forme d’un fait accompli, d’une présence qui s’impose à la représentation sans lui demander l’autorisation de s’y inscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France de 2025 n’est pas la France de 1958. Ce n’est pas une défaite. C’est une réalité. Et nommer cette réalité n’est pas fracturer la France. C’est refuser de continuer à gouverner une fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’universel est perpétuellement construit. Il ne se défend pas. Il se fait. Il se fait dans la reconnaissance, à travers toutes les différences de trajectoires et d’histoires, de ce que nous vivons ensemble, de ce qui constitue notre condition commune sur ce territoire, dans cette époque, face à ces forces qui nous y ont placés. Ce n’est pas une identité. C’est une condition. Elle ne dit pas qui on est. Elle dit ce que nous vivons. Et c’est à partir de là, seulement à partir de là, que quelque chose comme un universel politique peut se construire, non pas en niant la diversité des situations mais en la traversant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a&gt;[1]&lt;/a&gt; Jean-Paul Sartre, « L’existentialisme est un humanisme », octobre 1945.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
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